Les deux maux de la Géorgie

Le président de la Géorgie, Mikheil Saakachvili, a rencontré hier des mutins.
Photo: Agence Reuters Le président de la Géorgie, Mikheil Saakachvili, a rencontré hier des mutins.

L'OTAN a entamé hier des manoeuvres militaires en Géorgie dans un climat de tension ravivée avec la Russie, qui a livré un bref conflit armé contre son voisin l'an dernier et parle aujourd'hui de provocation. Sur le plan intérieur, les manifestations se succèdent pour demander la démission du président.

Un petit pays frontalier de la Russie dont les tankistes se mutinent de temps à autre et qui de surcroît ne contrôle pas l'ensemble de son territoire est-il un candidat sérieux à l'adhésion à l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord? A priori non, même si, dans le cas de la Géorgie, c'est son voeu le plus cher.

Force est de de constater qu'après avoir monté en épingle mardi la mutinerie de la base de Moukhrovani, près de Tbilissi, vite imputée à de noires visées russes, la Géorgie, soudain consciente des implications de cet épisode sur son image, s'est mise à rétropédaler. La mutinerie, a expliqué hier à Paris, la présidente du Conseil de sécurité nationale, Ekaterine Tkechelachvili, était «à petite échelle». Ce n'était pas toute une base, même pas toute une unité, juste «quelques soldats et officiers» liés à «d'anciens généraux démis de l'armée». «Mais même une mutinerie non résolue pendant un jour ou deux aurait pu empêcher la tenue des exercices de l'OTAN qui ont commencé aujourd'hui [mercredi)», a dit l'ancienne ministre des affaires étrangères. Ces manoeuvres, qui sont en fait des exercices conjoints entre les pays de l'OTAN et ceux du Partenariat pour la paix, ont tellement exaspéré le Kremlin que Tbilissi veut voir sa main dans cette mutinerie.

La faute au président

Pour la Russie, la faute incombe au bouillant président géorgien Mikheil Saakachvili. «Si le président géorgien souffre d'une indigestion, cela signifie que nous l'avons empoisonné. Je n'arrête pas de le dire: il faut envoyer en Géorgie des infirmiers et non des militaires», a déclaré hier l'ambassadeur russe auprès de l'OTAN, Dmitri Rogozine. En termes plus diplomatiques, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine a expliqué par téléphone à son homologue américain Daniel Fried qu'«il se passe en Géorgie ce que nous avons toujours craint: l'aggravation d'une situation politique incontrôlable qui est interprétée comme des agissements de l'ennemi qu'est la Russie».

La Géorgie vit en effet une époque de contestation inhabituelle. Même si elle n'a pas rassemblé des foules assez nombreuses pour s'emparer du pouvoir, l'opposition harcèle le gouvernement par de petites manifestations quasi quotidiennes depuis le 9 avril. Lui trouver des liens avec des mutins soi-disant liés à la Russie relève donc de la bonne aubaine, même si, officiellement, on prêche la patience. Un des officiers mis en cause, s'est-on empressé de dire à Tbilissi, venait d'adhérer au parti d'Irakli Alassania, un ancien diplomate considéré comme le chef de file de l'opposition moderniste. Plus que jamais, l'existence d'un conflit larvé avec le voisin russe s'avère être un frein puissant à la démocratisation du pays. Car il est toujours plus facile d'agiter la menace russe que de mener le dialogue.

Contrairement à ce qu'aurait souhaité Moscou, sur fond d'expulsions réciproques de diplomates, l'OTAN n'a pas annulé les exercices prévus. Mais le secrétaire général de l'alliance, Jaap de Hoop Scheffer, a cru bon de rappeler à l'ordre Tbilissi pour la présentation qui en avait été faite en Géorgie. «Ce n'est pas un exercice de l'OTAN, mais de l'OTAN et de ses partenaires, qui est accueilli par la Géorgie», a-t-il souligné. La Russie estime que ces manoeuvres enfreignent les dispositions du cessez-le-feu conclu après la guerre d'août 2008 en Ossétie du sud. Tbilissi rétorque que Moscou ne les respecte pas en occupant toujours 20 % de son territoire. «La politique russe reste la même: la Russie veut établir son monopole sur la région», dit Ekaterine Tkechelachvili.

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