Fin du monopole du Parti nationaliste - Un socialiste à la tête du Pays basque espagnol

Patxi Lopez
Photo: Agence France-Presse (photo) Patxi Lopez

«Je travaillerai tous les jours pour en finir avec le terrorisme d'ETA. Nous devons être tous au coude à coude pour éliminer ce cancer de notre société!» D'abord en euskara (la langue basque) puis en castillan, le socialiste Patxi Lopez prononçait hier matin un discours d'investiture très attendu. Pour l'écouter, 500 invités et 300 journalistes s'étaient entassés dans l'hémicycle du Parlement autonome basque, à Vitoria.

Le moment était historique: dans la soirée, le même Patxi (prononcer «Patchi») Lopez allait être élu nouveau lehendakari, le nom donné au chef du gouvernement basque — une des régions d'Europe avec le plus de prérogatives propres, dont la pleine autonomie fiscale. Lehendakari, et pas n'importe lequel: le premier à ne pas être nationaliste.

Jusqu'à maintenant, cette fonction suprême était le monopole du Parti nationaliste basque, le PNV, des indépendantistes modérés, certes opposés au terrorisme d'ETA, mais ayant toujours entretenu des liaisons dangereuses avec une organisation armée qui a assassiné 824 personnes en 440 ans d'activité. Aux législatives régionales de mars, le puissant PNV, au pouvoir depuis la mort de Franco, obtenait une nouvelle fois le meilleur score, mais restait éloigné de la majorité absolue. Une opportunité inespérée pour les socialistes basques qui, pour éjecter les nationalistes, ont scellé une alliance contre-nature avec la droite nationale, le Parti populaire (PP).

Ligne de mire

C'est donc l'heure de Patxi Lopez, intronisé hier soir. L'avènement d'un proche de Zapatero, d'un fils de syndicaliste originaire de la zone portuaire de Bilbao, un sang-mêlé (à la fois d'origine basque et maketo, les immigrés espagnols). Patxi Lopez, 50 ans, marié sans enfant, s'est donné une mission: «Je veux normaliser le Pays basque. J'appartiens à une des régions prospères et avancées de l'Europe, mais qui vit sous la menace d'une bande d'assassins et où personne n'ose exprimer ses idées à voix haute. Il faut en finir avec cette anomalie!» Depuis le milieu des années 90, outre les policiers et les gardes civils, les élus municipaux socialistes et du PP, considérés par ETA comme des «ennemis d'Euskal Herria» (le Pays basque) sont dans la ligne de mire des terroristes — une vingtaine a été assassinée, dont l'élu socialiste Isaías Carrasco, en mars2008. Jusqu'à l'arrivée au pouvoir des non-nationalistes, il se produisait un phénomène curieux: toute l'opposition était sous escorte policière, mais pas les gouvernants!

«Espagnoliste»

Avec Patxi Lopez, allié à la droite, c'est toute l'ambiguïté vis-à-vis d'ETA (très affaiblie) qui est levée. Le nouveau premier ministre a tracé hier une ligne rouge: la police basque, la Ertzaintza — jusqu'ici molle, voire suspecte de complaisance vis-à-vis des séparatistes radicaux— recevra des renforts en matériels et en effectifs; la télévision publique, l'EITB, ne représentera plus l'Espagne comme un pays étranger; quant aux nombreuses subventions versées à des collectifs pro-ETA, elles seront supprimées. «Je veux la paix, sans payer de prix politique», a souligné Patxi Lopez en référence au référendum d'autodétermination que voulait parrainer son prédécesseur Juan José Ibarretxe.

Le leader nationaliste (au pouvoir pendant dix ans) ne cachait pas sa rage, hier, pendant l'investiture du socialiste: «Nous allons être désormais sous la botte d'un pouvoir espagnoliste!» Mais les nationalistes ne peuvent que constater un reflux dans leurs bastions: en Galice, le BNG a été évincé du pouvoir en mars; En Catalogne, dirigée par une coalition écolo socialiste, les dirigeants du CIU (nationalistes) se rongent les sangs dans l'opposition; et désormais, les nationalistes basques, qui se croyaient indéboulonnables, sont logés à la même enseigne.

«En ces temps de crise économique, souligne le politologue Gil Calvo, l'opinion est davantage intéressée par des mesures sociales que par les totems identitaires.»

À voir en vidéo