Moldavie, Géorgie, Ukraine - L'UE peine à stabiliser les pays de l'ex-URSS

Plus de 50 000 Géorgiens ont manifesté hier à Tbilissi.
Photo: Agence Reuters Plus de 50 000 Géorgiens ont manifesté hier à Tbilissi.

De 50 000 à 60 000 Géorgiens qui se rassemblent dans le centre de Tbilissi pour réclamer le départ du président Mikheïl Saakachvili. Les Moldaves qui sont aux prises avec une crise politique qui s'internationalise après de violentes manifestations mardi. L'Ukraine qui connaît une instabilité politique que la rivalité entre le président et le premier ministre cristallise. Les désirs de l'UE de maintenir tranquille cette région sont mis à mal.

Bruxelles — La situation politique qui prévaut tant en Géorgie qu'en Ukraine et en Moldavie plus récemment porte un sérieux coup aux espoirs des Européens de stabiliser ces pays de l'ex-URSS et pourrait rendre délicat le sommet qu'a prévu le 7 mai l'UE avec leurs dirigeants.

Depuis le conflit russo-géorgien d'août dernier, qui a souligné la fragilité d'une région que l'Union européenne considère depuis son élargissement à l'Est comme son «voisinage», les Européens répètent vouloir la stabiliser.

Lors de leur sommet de mars, les dirigeants de l'UE ont ainsi décidé d'augmenter leur aide financière à l'Ukraine, à la Moldavie, à la Géorgie, à l'Arménie, à l'Azerbaïdjan et au Bélarus, en lançant un projet de «partenariat oriental» censé accélérer développement économique et démocratisation.

Pour encourager ces pays, dont certains aspirent à rejoindre un jour l'UE, les Européens ont décidé d'inviter leurs dirigeants à inaugurer ce partenariat lors d'un grand sommet le 7 mai à Prague. Essuyant les critiques de la Russie, qui leur a reproché de vouloir «étendre leur sphère d'influence» à une région qu'elle revendique à nouveau comme son pré carré.

Initialement, la seule incertitude portait sur l'invitation à ce sommet du président bélarusse Alexandre Loukachenko, réputé dernier dictateur d'Europe, l'UE conditionnant sa venue à plus de démocratisation. Mais avec les émeutes en Moldavie, la menace du président communiste Vladimir Voronine de recourir à la force et ses accusations contre la Roumanie (pays entré dans l'UE en 2007), les choses se corsent.

Des conditions difficiles

Des six pays «le plus intégré» dans l'UE, la Moldavie était «le grand espoir du partenariat oriental», explique Nicu Popescu, analyste du Conseil européen pour les relations étrangères à Londres. La situation politique en détérioration rapide risque donc de «saper tout le partenariat», selon lui. «Plus des pays comme la Moldavie deviennent autoritaires, plus le sommet sur le partenariat oriental va devenir une rencontre entre les dirigeants de l'UE et une poignée d'autocrates», estime-t-il.

«Ce n'est pas les conditions rêvées pour lancer ce partenariat», souligne aussi Tomas Valasek, directeur du Centre pour les réformes européennes.

L'Ukraine, autre pays censé être moteur de ce partenariat, est plus que jamais minée par les divisions entre le président Viktor Iouchtchenko et le premier ministre Ioulia Timochenko.

Et selon M. Valasek, «il se peut tout à fait que la Géorgie vire à l'instabilité» d'ici le 7 mai, après la grande manifestation de l'opposition hier contre le président Saakachvili, qui a réuni des dizaines de milliers de personnes. Malgré les difficultés, il estime néanmoins que l'UE doit garder le cap et concrétiser ce «partenariat oriental» plus nécessaire que jamais.

Lutte d'influence

Nicu Popescu pense, lui, que l'UE doit «réagir plus vite et plus fort» si elle veut peser dans la région face à une Russie qui a «réaffirmé ses ambitions ces dernières années».

Si l'UE a appelé Chisinau au dialogue avec l'opposition, au respect des libertés constitutionnelles et au rétablissement de relations normales avec la Roumanie, aucune visite de haut niveau n'est venue renforcer ce message, déplore-t-il. Autorisant Moscou à tirer profit d'une évolution moldave qui ferait d'elle un allié plus confortable pour Moscou que pour l'UE.

Pour l'universitaire belge Tanguy Struye, c'est cette lutte d'influences entre la Russie et l'Europe dans la région — à laquelle participent aussi Washington et Ankara — qui fait son instabilité. «Instabilité qui va continuer» avec la montée des enjeux énergétiques, malgré les voeux affichés du partenariat oriental, «tant qu'il n'y aura pas un accord entre toutes les puissances concernées pour une espèce de finlandisation de la région».

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