Moldavie - Chisinau accuse la Roumanie d'être à l'origine des troubles

Une manifestation s’est déroulée hier dans le centre de Chisinau sans débordements de violence.
Photo: Agence Reuters Une manifestation s’est déroulée hier dans le centre de Chisinau sans débordements de violence.

Tiraillée entre des aspirations européennes, un héritage roumain et un ancrage politique à Moscou depuis 60 ans, la Moldavie, pays le plus pauvre d'Europe, cherche encore sa voie 18 ans après son indépendance de l'URSS. Le pays est enfin plongé dans une grave crise socio-économique. Cette misère alimente le mécontentement des jeunes qui ont violemment manifesté mardi.

Chisinau — Le président moldave Vladimir Voronine a accusé la Roumanie hier d'être derrière la flambée de violence qui a embrasé la capitale, Chisinau, tandis que le parquet ouvrait une enquête pour tentative de coup d'État.

Le soulèvement mardi contre la victoire des communistes aux législatives a tourné à la crise diplomatique, M. Voronine montrant du doigt la Roumanie, dont la Moldavie fit partie avant d'être annexée par l'URSS, puis d'accéder à l'indépendance en 1991. L'ambassadeur de Roumanie à Chisinau, Filip Teodorescu, a été sommé de quitter le pays dans les 24 heures et l'ambassadeur de Moldavie à Bucarest a été rappelé à Chisinau pour consultations.

Le gouvernement moldave a en outre approuvé l'introduction d'un régime de visas avec la Roumanie, devenue membre de l'UE en 2007.

Haussant le ton, le président moldave a aussi menacé de prendre des «mesures appropriées» contre les manifestants qu'il avait qualifiés la veille de «fascistes ivres de colère». «Hier, j'étais à la limite [de recourir à la force]. Si ça se répète, des mesures appropriées pourront être prises», a déclaré le chef de l'État de cette ex-république soviétique de 4,3 millions d'habitants.

Le parquet a ouvert une enquête pour «tentative de coup d'État et usurpation du pouvoir», il doit établir quelles sont les personnes impliquées dans ces crimes qui risquent jusqu'à 25 ans de prison, a indiqué le procureur général Valéri Gourboulia. Selon le ministère de l'Intérieur, 193 personnes ont été interpellées au cours des violences dont la journaliste Natalia Morar, déjà interdite d'entrée en Russie.

Un millier de personnes, très jeunes, ont cependant manifesté hier à Chisinau dans une ambiance bon enfant.

Mécontentement social

Les difficultés sociales en Moldavie, le pays européen le plus pauvre dont un quart de la population est partie travailler en Europe ou en Russie, et le manque de perspectives claires pour la jeunesse semblent le principal catalyseur de ces émeutes.

«Ce n'est que le début. Ce sont les communistes qui sont coupables, on n'a pas de quoi vivre ici, comment on peut vivre avec un salaire [mensuel] de 1500 lei [165 dollars]?», a affirmé Sergueï Mountian, un ouvrier de 22 ans.

Les communistes ont recueilli 49,48 % des voix soit 60 des 101 sièges de l'Assemblée, selon les résultats définitifs annoncés hier par la Commission électorale centrale, alors qu'une majorité des trois cinquièmes (61 sièges) est nécessaire pour élire le président du pays.

Les résultats préliminaires leur donnaient 49,9 % des voix, soit 61 sièges. Ce résultat avait été dénoncé comme un «outrage» par les opposants qui auraient désormais théoriquement la possibilité de bloquer l'élection au Parlement du chef de l'État.

La Russie, toujours inquiète des débordements postélectoraux dans l'ancien bloc soviétique, a de son côté estimé que toute remise en cause des résultats serait «sans fondement». L'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a également jugé le scrutin «conforme à de nombreuses normes et obligations internationales».

Indépendante depuis 1991, la Moldavie, pays le plus pauvre du continent, est déchirée entre roumanophones, partisans d'un rapprochement voire d'un rattachement avec la Roumanie, et russophones soucieux de l'indépendance de leur pays.

Depuis l'arrivée de Voronine au pouvoir, en 2001, la Moldavie connaît stabilité et croissance, mais le président n'est pas venu à bout du conflit avec la population russophone de Transnistrie, où Moscou maintient une présence militaire.

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