Plus de 150 morts dans les Abruzzes

Des secouristes dégagent un blessé des décombres à L’Aquila, ville historique située à l’épicentre du séisme qui a frappé le centre de l’Italie hier.
Photo: Agence Reuters Des secouristes dégagent un blessé des décombres à L’Aquila, ville historique située à l’épicentre du séisme qui a frappé le centre de l’Italie hier.

L'Aquila, Italie — Les équipes de secours continuaient dans la nuit d'hier à aujourd'hui de rechercher des survivants du violent séisme qui a fait plus de 150 morts et des dizaines de milliers de sans-abri dans le centre de l'Italie.

La pluie a compliqué dans la soirée la tâche des pompiers et des secouristes qui fouillaient les décombres dans l'espoir de dégager des personnes vivantes des maisons effondrées, dans la ville médiévale de L'Aquila et dans les localités des environs, dont certaines ont été presque entièrement détruites.

Le site Internet du quotidien Corriere della Sera évaluait à 250 le nombre de personnes toujours portées disparues, ce qui laisse craindre que le bilan s'alourdisse dans les jours à venir. Le nombre de blessés s'établit à plus de 1500.

La Protection civile estime que la catastrophe a fait en outre 50 000 sans-abri. La majeure partie des morts ont été retrouvés à L'Aquila, ville de 68 000 habitants dont les rues étaient jonchées de débris et où certains bâtiments anciens se sont écroulés comme des châteaux de cartes. Dans le village d'Onna, peuplé de 250 habitants, on dénombrait au moins 24 morts.

Le tremblement de terre a ébranlé la région des Abruzzes hier peu après 3h30 locales. Des répliques ont secoué la région, à une centaine de kilomètres à l'est de Rome, tout au long de la journée.

Des centaines de rescapés du tremblement de terre ont passé leur première nuit sous des

tentes dressées dans des parcs ou sur des terrains de football, ou dans leur voiture. Des hôtels situés sur la côte Adriatique ont été réquisitionnés pour héberger des sans-abri.

«Il n'était pas question de nous risquer à rentrer chez nous, même si notre maison n'a été que légèrement endommagée, et je n'aurais pas tenté non plus ma chance en allant à l'hôtel», explique Gianni Festa, 41 ans, qui s'est installé pour la nuit avec sa femme et leur fils de 8 ans sur un terrain de sport.

À l'autre bout de la ville, une dizaine de familles se préparaient à passer la nuit dans leurs voitures, garées devant une église. «La journée a été tellement longue et tellement dure», confie Piera Colucci. «Maintenant que nous sommes assis ici, dans notre voiture, on commence à craquer», ajoute-t-elle.

Les secouristes, s'aidant avec de puissants projecteurs et des bulldozers, ont indiqué qu'ils allaient continuer toute la nuit à rechercher des rescapés.

Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a proclamé l'état d'urgence dans le pays et s'est rendu dans la région touchée, annulant une visite à Moscou. Il a annoncé par la suite que son gouvernement débloquerait 30 millions d'euros d'aide immédiate et a dit s'attendre à ce qu'un fonds spécial de l'Union européenne fournisse de son côté plusieurs centaines de millions d'euros.

Un scientifique avait prédit le séisme

Un scientifique italien avait alerté, il y a quelques semaines, les autorités civiles des risques de séisme qui menaçaient la région des Abruzzes, mais ses mises en garde n'ont pas été prises en compte. Gioacchino Giuliani avait relevé la présence de fortes concentrations de radon (gaz rare radioactif d'origine naturelle) près des zones sismiques et affirmait qu'un violent tremblement de terre était en préparation autour de L'Aquila. Il y a environ un mois, des camionnettes équipées de haut-parleurs avaient sillonné la ville, en demandant aux résidents d'évacuer leur logement.

Cette mesure avait provoqué la colère du maire de la cité, et une plainte avait été déposée auprès de la police pour «diffusion d'informations alarmistes». Gioacchino Giuliani avait été contraint de retirer de son site Internet les résultats de ses recherches. «Il y a maintenant des gens qui devraient me faire des excuses et auront sur la conscience ce qui s'est passé», a déclaré Giuliani.

Interrogé par la presse, Enzo Boschi, patron de l'Institut national de géophysique, a balayé d'un revers de main les mises en garde faites par Giuliani. «Chaque fois qu'il se produit un séisme, il y a des gens qui affirment l'avoir prévu», a-t-il dit. «Pour autant que je sache, personne ne peut prédire un tremblement de terre avec précision. Il n'est pas possible de prévoir des tremblements de terre.»

Interrogé sur la question, le président du Conseil, Silvio Berlusconi, est apparu sur la défensive lors d'une conférence de presse. Le chef du gouvernement a dit qu'il convenait de se concentrer sur les opérations de secours et qu'il serait ensuite «temps de discuter de la manière de prévoir les séismes.»

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