Clôture du sommet de Strasbourg - L'OTAN se range derrière la stratégie américaine

Le président Obama est reparti de Strasbourg sans avoir obtenu les renforts qu’il avait sollicités auprès des Européens. Ci-dessus, des troupes américaines en patrouille dans la province de Paktika, en février.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le président Obama est reparti de Strasbourg sans avoir obtenu les renforts qu’il avait sollicités auprès des Européens. Ci-dessus, des troupes américaines en patrouille dans la province de Paktika, en février.

Strasbourg — Le 60e sommet de l'OTAN s'est achevé samedi à Strasbourg sous le signe du ralliement unanime des 28 pays membres à la nouvelle stratégie américaine en Afghanistan. Les chefs d'État et de gouvernement se sont entendus pour développer une approche régionale impliquant le Pakistan et pour faire en sorte que les Afghans assurent de plus en plus leur propre sécurité.

Le président américain, Barack Obama, est cependant reparti de Strasbourg sans avoir obtenu les troupes qu'il avait sollicitées auprès des Européens. Concrètement, parmi les 5000 hommes supplémentaires annoncés hier, 3000 (dont 900 Britanniques) ne séjourneront en Afghanistan que pendant la courte période des élections qui se dérouleront en août. Les autres sont des civils et des militaires destinés à entraîner les forces afghanes.

Cela n'a pas empêché les dirigeants de l'OTAN d'afficher leur satisfaction. «Je suis satisfait, même si j'aurais aimé en avoir plus», a déclaré le premier ministre canadien, Stephen Harper, qui juge ces résultats «réalistes». Le Canada s'est contenté d'une contribution financière déjà annoncée de 35 millions de dollars pour aider à la tenue des élections.

Le président français, Nicolas Sarkozy, qui accueillait le sommet avec la chancelière allemande, Angela Merkel, n'a pas ménagé les qualificatifs. Il estime qu'avec le sommet du G20 tenu à Londres jeudi dernier, ces rencontres ont «changé le monde». De façon plus pragmatique, le sommet de l'OTAN marque pour lui un renforcement de l'Europe au sein de l'Alliance atlantique. Avec l'adhésion de l'Albanie et de la Croatie, l'Europe compte dorénavant 26 membres sur 28.

«L'Europe pèsera davantage», dit-il, maintenant que la France a réintégré le commandement intégré qu'elle avait quitté en 1966. Une phrase de la déclaration finale reconnaît en effet «l'importance d'une défense européenne» et soutient les «efforts que l'Union européenne déploie pour renforcer ses capacités [...] à relever des défis de sécurité communs». «Nous sommes des alliés debout», précise le président français qui a aussi vanté sa «totale identité de vue» avec la chancelière Angela Merkel.

Un secrétaire général contesté

La journée de samedi avait commencé avec une heure de retard par une cérémonie symbolique sur le pont de l'Europe qui relie la ville française de Strasbourg à sa petite soeur allemande Kehl. Partant de la rive française, le président Nicolas Sarkozy est allé à la rencontre des 27 autres leaders de l'OTAN menés par la chancelière Angela Merkel. Au milieu du Rhin, les chefs d'État et de gouvernement ont posé pour la photo rituelle.

Une image apaisante pour un sommet qui n'a pourtant pas manqué de controverses. À commencer par la nomination du nouveau secrétaire général de l'OTAN, le Danois Anders Fogh Rasmussen, qui a été obtenue à l'arraché après des heures de discussions.

Pour venir à bout du veto de la Turquie, il a fallu l'intervention de Barack Obama. «Notre président a dit "d'accord" après avoir reçu des informations selon lesquelles Obama serait le garant de la résolution du problème relatif aux réserves que nous avions émises», a déclaré le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Les Européens ont aussi fait valoir que la Turquie n'améliorait pas ainsi ses chances de se joindre un jour à l'Union européenne.

La Turquie reprochait au premier ministre danois d'avoir défendu, en 2006, le quotidien qui avait publié des caricatures controversées de Mahomet. Les chefs d'État et de gouvernement pouvaient difficilement reculer sur une question aussi délicate dans les populations musulmanes. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs vanté le respect des droits de l'homme dont a fait preuve le nouveau secrétaire général.

Ce sommet marque aussi un début de réconciliation avec la Russie, devenue depuis quelque temps une pièce majeure du nouveau dispositif stratégique américain. Le secrétaire général actuel, Jaap de Hoop Scheffer, a souhaité le développement d'un «partenariat coopératif» avec Moscou même s'il admet l'existence de divergences importantes, en particulier depuis l'invasion de la Géorgie et la reconnaissance par les Russes des républiques d'Ossétie et d'Abkhazie.

Stephen Harper refuse de parler de réconciliation et préfère plutôt évoquer une «reprise du dialogue». Pour parvenir à une éventuelle réconciliation, il faudra que la Russie fasse des gestes, dit-il. Dans l'immédiat, cette relance du dialogue semble reporter sine die l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine dont le sommet de Bucarest avait pourtant affirmé qu'elles avaient «vocation à adhérer» à l'OTAN. La déclaration finale de Strasbourg ne mentionne pas ces deux pays, et le communiqué détaillé demeure bien en deçà de celui de Bucarest. On se souviendra que le Canada avait fermement soutenu l'adhésion de l'Ukraine.

Une atmosphère de guerre civile

Selon l'attaché de presse de Stephen Harper, Dimitri Soudas, le président Obama aurait remercié le Canada d'avoir exprimé son inquiétude à propos d'une loi afghane en instance d'adoption.

Celle-ci limiterait sérieusement les droits des femmes et autoriserait le viol s'il est commis au sein du mariage. Stephen Harper, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont tous dénoncé cette loi qu'avait déjà sévèrement critiquée la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, à la rencontre de l'ONU tenue lundi dernier à La Haye. Selon le premier ministre canadien, cette dénonciation n'est pas contradictoire avec la reconnaissance de la souveraineté afghane. Le président Karzaï aurait accepté de réexaminer cette loi, dit Stephen Harper.

L'atmosphère de guerre civile qui régnait depuis deux jours autour du sommet s'est encore accentuée samedi. Un groupe de manifestants venu d'Allemagne qui s'apprêtait à traverser le pont de l'Europe a mis le feu à des pneus, à un hôtel et à un poste frontière, exceptionnellement rouvert pour assurer la sécurité du sommet. Une cinquantaine de personnes auraient été blessées. Plus tôt dans la matinée, la sortie de 1800 opposants qui se dirigeaient vers le centre-ville a été suivie de nombreuses altercations avec la police.

Malgré les 10 000 policiers déployés dans la ville et les centaines de barrages, quelques petits groupes de manifestants ont réussi à s'infiltrer dans les zones protégées. Plusieurs dizaines de manifestants se sont même approchés à 200 m du Palais des congrès ou se réunissaient les leaders de l'OTAN.

Samedi matin, des plongeurs de Greenpeace ont été appréhendés alors qu'ils tentaient de s'approcher par le fleuve du pont de l'Europe. Les 7000 manifestants allemands qui souhaitaient se joindre aux 10 000 Français qui manifestaient de l'autre côté du Rhin ont été empêchés de franchir la frontière. Samedi soir, de nombreux habitants de Strasbourg n'étaient pas fâchés de retrouver un peu de calme.

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