Vacance tchèque pour l'Europe

Le premier ministre Mirek Topolanek (à gauche) en compagnie du président Vaclav Klaus, hier, à Prague
Photo: Le premier ministre Mirek Topolanek (à gauche) en compagnie du président Vaclav Klaus, hier, à Prague

Mis en minorité mardi au Parlement, le premier ministre libéral tchèque Mirek Topolanek a remis hier sa démission au très eurosceptique président Vaclav Klaus. Les Vingt-Sept s'inquiètent alors que Prague préside l'Union européenne jusqu'en juin.

Tout en évoquant des élections anticipées en cas d'échec, Mirek Topolanek espère encore trouver un compromis qui lui permette de rester en fonction au moins jusqu'à la fin de la présidence tchèque. Ce sera difficile. Fragile coalition regroupant les libéraux de l'ODS, les chrétiens-démocrates du KDU et les Verts, le gouvernement de Mirek Topolanek est finalement tombé après deux ans et trois mois, tombé à cause de la défection de quatre députés de la majorité, deux Verts et deux membres de l'ODS.

«Nul ne doute du rôle de Vaclav Klaus», a lancé hier soir à la télévision Mirek Topolanek mettant explicitement en cause le chef de l'État. L'ultralibéral Vaclav Klaus a toujours affiché son hostilité à une Union européenne qu'il compare «à une nouvelle Union soviétique» et a durement critiqué son successeur à la tête de l'ODS. Le premier ministre avait réussi à faire ratifier en février dernier par les députés le traité de Lisbonne. Mirek Topolanek est un réaliste et ses deux partenaires de coalition sont ouvertement proeuropéens. Le processus de ratification est lancé, mais il n'est pas sûr qu'il puisse aboutir alors que les sénateurs doivent encore voter en avril ce texte qui doit ensuite être paraphé par le chef de l'État.

L'Irlande est prête

Avec l'Irlande, la République tchèque est le seul pays de l'UE à ne pas avoir encore ratifié ce traité réformant le fonctionnement de l'UE qui remplace le défunt projet de Constitution rejetté par les français et les néerlandais lors de référendum en mai 2005. Selon les sondages, les électeurs irlandais, qui avaient rejeté par référendum le traité en juin, dernier seraient désormais en majorité en faveur du oui, l'Union et l'euro étant perçus comme des boucliers face à la crise. Les Tchèques pourraient perturber le processus.

«Il va être beaucoup plus difficile de convaincre les gens», reconnaît Alexandr Vondra, vice-premier ministre en charge des Affaires européennes. L'opposition social-démocrate qui a fait tomber le gouvernement est en faveur de la ratification et il y a théoriquement au Sénat aussi une majorité pour le traité. Mais l'ODS reste divisée et les probables élections anticipées ne peuvent qu'inciter les eurosceptiques à la surenchère. «Nous demandons aux dirigeants politiques tchèques de ne pas prendre en otage le traité de Lisbonne», a lancé hier le président de la Commission José Manuel Barroso.

Ces nouvelles incertitudes sur l'avenir institutionnel de l'UE et la crise économique risquent de ralentir le processus d'élargissement vers les pays des Balkans et la Turquie. La chancelière allemande Angela Merkel avait déjà explicitement évoqué la semaine dernière une pause après l'entrée de la Croatie prévue pour 2010 ou 2011. La position de Berlin reste encore minoritaire au sein de l'UE, mais elle gagne du terrain avec le risque de renforcer au sein les tendances nationalistes parmi les pays candidats ou futurs candidats.