La tension est toujours très vive en Guadeloupe - Sarkozy a reçu les élus d'outre-mer et a annoncé un train de mesures

Nicolas Sarkozy (troisième à droite) a fait une offre salariale aux protestataires des départements d’outre-mer.
Photo: Agence Reuters Nicolas Sarkozy (troisième à droite) a fait une offre salariale aux protestataires des départements d’outre-mer.

Le président français Nicolas Sarkozy a annoncé hier un effort de 580 millions d'euros (916 millions de dollars) pour les départements d'outre-mer enlisés dans une grave crise sociale et a appelé au retour de la paix civile en Guadeloupe, plongée dans le chaos.

Le chef de l'État français a reçu hier à Paris les élus d'outre-mer pour tenter d'apaiser une situation qui dégénère de jour en jour. «Aujourd'hui, nous avons le devoir d'entendre nos compatriotes et nous avons, dans le même temps, le devoir de ramener la paix civile au plus vite. La liberté des Guadeloupéens et des Martiniquais est entravée, cela ne peut plus durer», a-t-il déclaré avant d'annoncer qu'il se rendrait en Guadeloupe «dès le calme revenu» pour ouvrir une série de consultations.

Nicolas Sarkozy a confirmé que les négociations entre les partenaires sociaux devaient reprendre hier dans la soirée à Pointe-à-Pitre. Notre «proposition de compromis me semble acceptable par tous», a-t-il dit. «L'idée est de se rapprocher des 200 euros pour les plus bas salaires», a-t-on expliqué à Matignon, sans préjuger de l'issue des négociations, qui avaient été interrompues le 8 février.

Une marche de plusieurs milliers de personnes était en cours à Pointe-à-Pitre avant le début des négociations, tandis que le LKP attendait l'annonce des détails de la proposition.

Des consultations

Seront organisées, dès le calme revenu en Guadeloupe et en Martinique, des «états généraux» dans chaque collectivité d'outre-mer, a-t-il ajouté. «J'ouvrirai moi-même ce cycle de consultations locales en me rendant en Guadeloupe.»

Sur le plan institutionnel, Nicolas Sarkozy s'est dit favorable à la création d'une collectivité unique par département d'outre-mer, si c'est le choix des populations.

Le conflit entamé le 20 janvier en Guadeloupe a touché l'île voisine de Martinique début février, et menace de gagner La Réunion, dans l'Océan indien, où un mot d'ordre de grève a été lancé pour le 5 mars.

Les DOM (département d'outre-mer) accumulent les maux sociaux: ainsi, aux Antilles françaises, le chômage dépasse les 20 %, les prix des produits de grande consommation, en majeure partie importés de France métropolitaine, sont très élevés.

Hier, la situation restait très tendue en Guadeloupe. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les forces de l'ordre ont essuyé des tirs à Gosier, une commune touristique à 5 km de Pointe-à-Pitre. Au total, 39 personnes ont été interpellées dans la nuit sur l'île, tandis que deux magasins importants, deux restaurants et un concessionnaire automobile ont été incendiés.

Le premier ministre François Fillon a par ailleurs assuré que les forces de l'ordre n'étaient pour rien dans la mort d'un syndicaliste qui revenait d'un piquet de grève, dans la nuit de mardi à mercredi. Le ou les meurtriers ont utilisé «une balle qui sert à chasser les sangliers». «C'était un lieu où il n'y avait pas de forces de l'ordre», a-t-il ajouté.

Le leader du collectif LKP, Elie Domota, a cependant émis des doutes sur la «version officielle». «On demande à la justice de mener une enquête approfondie pour réellement définir ce qui s'est passé parce que les circonstances sont encore troubles», a-t-il affirmé.