Crise sociale et controverse raciale - Paralysie aux Antilles françaises

Les policiers sont intervenus hier à Pointe-à-Pitre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les policiers sont intervenus hier à Pointe-à-Pitre.

Nicolas Sarkozy parie sur le sommet de demain avec les syndicats et le patronat pour faire baisser la pression sociale qui augmente en France. Sa marge de manoeuvre est cependant plus étroite que jamais entre exigences syndicales, résistances patronales et contraintes budgétaires. Hier, le président a dû intervenir pour tenter de calmer les esprits dans les Antilles françaises.

Pointe-à-Pitre — La grève générale, qui paralyse depuis des semaines les Antilles françaises, a mis en évidence les clivages sociaux et raciaux, issus du colonialisme, dans ces îles paradisiaques, ainsi que les difficultés à développer leur économie.

Des barrages ont été érigés hier en Guadeloupe, où une cinquantaine de personnes ont été interpellées par la police, certaines brièvement. L'île, où la tension est montée d'un cran, est en grève générale depuis le 20 janvier, tandis que la Martinique a rejoint le mouvement le 5 février.

La première revendication est sociale, les grévistes du Collectif contre l'exploitation (LKP) protestent contre le coût de la vie. Mais le débat s'est rapidement doublé d'une dimension raciale, car les leviers de l'économie sont, dans les deux îles, largement aux mains d'une petite minorité de Blancs, descendants des colons esclavagistes des XVII et XVIIIe siècles: les «békés».

«Une caste détient le pouvoir économique et en abuse», s'est emportée la députée Christiane Taubira, originaire d'un autre département d'outre-mer, la Guyane. «Il y a un lourd malaise dû à la cherté de la vie, au niveau du pouvoir d'achat, et, au-delà, à un problème de répartition des richesses», a déclaré la secrétaire d'État aux droits de l'homme Rama Yade, seule ministre noire.

«Guadeloupe, c'est à nous, Guadeloupe, c'est pas à eux!»: le slogan, repris en Martinique, cible les békés depuis le début du conflit.

Le ressentiment à l'égard de ces familles, qui ne se sont pas métissées au fil des siècles, a été accentué par les déclarations explosives d'un des plus riches Martiniquais dans un reportage télévisé diffusé le 30 janvier. Alain Huygues-Despointes y affirmait notamment «vouloir préserver sa race».

L'influence économique de ces familles est difficile à quantifier, mais elle est cruciale dans l'import-export et la grande distribution, ce qui explique qu'elles soient accusées de l'augmentation

des prix.

«La particularité, ici, c'est que les privilégiés qui contrôlent 80 % de notre économie sont tous blancs et pour la plupart descendants des anciens colonisateurs européens», affirme une universitaire guadeloupéenne Patricia Braflan-Trobo dans le Nouvel Observateur.

À quelque 7000 kilomètres de Paris, ces îles où les Français aiment passer leurs vacances accumulent les problèmes sociaux, en dépit de transferts financiers massifs. Le taux de chômage est d'environ 22 % à la fois pour la Guadeloupe (450 000 habitants) et la Martinique (environ 400 000 habitants).

Le produit intérieur brut (PIB) par habitant ne représente que 60 % environ de la moyenne française. Mais les Antilles françaises sont aussi beaucoup plus riches que les îles voisines et elles ont du mal à s'insérer dans l'économie régionale.

Le secrétaire d'État à l'outremer, Yves Jégo, a assuré hier qu'il fallait une réponse économique à cette crise sociale. «Il y a un problème de monopole, celui d'une économie insulaire qui est l'héritière des comptoirs» coloniaux, a-t-il dit.