On veut bien aider, mais...

Bruxelles — Les pays européens ont beau vouloir coopérer avec Barack Obama et se réjouir de la fermeture annoncée de Guantánamo, aucun ne s'est montré très chaud à l'idée d'accueillir chez lui des détenus de cette prison tristement célèbre, lors d'une réunion hier à Bruxelles.

«Personne n'est très chaud, c'est tout à fait vrai», a reconnu le chef de la diplomatie tchèque Karel Schwarzenberg, dont le pays préside l'UE, à l'issue d'une première discussion avec ses partenaires européens sur cette question délicate.

Même si les Européens ont salué «chaudement la fermeture de Guantánamo, qui symbolisait pour eux toutes les dérives de la lutte antiterroriste de l'administration Bush, «nous ne pouvons pas donner de réponse rapide», a-t-il poursuivi. «Il y a des problèmes de politique et de sécurité qui demandent une étude approfondie et des consultations», a-t-il expliqué.

Si la décision d'accepter des prisonniers de Guantánamo reste nationale» les ministres européens souhaitent néanmoins l'idée d'une «action européenne concertée» sur cette question. Une délégation de l'UE emmenée par le commissaire à la Justice Jacques Barrot doit se rendre début février à Washington pour aborder ce dossier avec la nouvelle administration.

Pour l'instant, seule une minorité de pays européens se sont dits prêts à coopérer avec le gouvernement américain face au casse-tête juridique que représentent les 245 personnes encore détenues dans la prison américaine à Cuba.

Sur ces 245, une soixantaine, selon les ONG, ne seraient accusées d'aucun crime mais ne pourraient rentrer dans leur pays de peur d'y être persécutées, d'où l'idée peut-être de les accueillir en Europe.

Selon le Portugal, qui avait ouvert le débat sur cette question mi-décembre, «six ou sept pays» au total seraient prêts à coopérer avec le gouvernement américain. Parmi eux, la France, qui se dit prête à un examen au cas par cas, le Portugal, l'Espagne, et l'Italie.

Le ministre italien Franco Frattini a ainsi indiqué lundi que son gouvernement était déjà en train d'examiner une liste de détenus à accueillir, même s'il n'y a pas encore de demande formelle des États-Unis.

Le ministre finlandais Alexander Stubb a lui aussi laissé la porte ouverte à un accueil de certains détenus pour des raisons humanitaires. «Nous devons examiner cette question sous l'angle des droits de l'homme», a dit M. Stubb. «Pour les gens qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays, l'Europe doit prendre ses responsabilités», a-t-il ajouté.

D'autres pays en revanche, comme l'Autriche, ont déjà indiqué ne pas avoir la possibilité légale d'accueillir des ex-détenus. «La Pologne n'est pas pressée» de prendre en charge des détenus, a aussi dit le ministre polonais Radoslaw Sikorski, faisant valoir l'absence de communauté musulmane importante dans son pays.

Quant au ministre britannique David Miliband, il a affirmé que le Royaume-Uni «avait déjà apporté une contribution substantielle» en accueillant neuf citoyens et trois résidents britanniques à leur sortie de Guantánamo. Il a simplement proposé de «partager [son] expérience du rapatriement de ces gens avec les pays européens qui sont prêts à jouer leur rôle».

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