France - Sarkozy s'en prend de nouveau aux parachutes dorés

De passage à Vesoul la semaine dernière, où il a notamment discuté avec des employés de l’usine PSA Peugeot Citroen, le président français, Nicolas Sarkozy, a menacé une fois de plus de légiférer si les entreprises ne se plient pas à ses inj
Photo: Agence France-Presse (photo) De passage à Vesoul la semaine dernière, où il a notamment discuté avec des employés de l’usine PSA Peugeot Citroen, le président français, Nicolas Sarkozy, a menacé une fois de plus de légiférer si les entreprises ne se plient pas à ses inj

Paris — Il n'y a pas qu'au Québec que les parachutes dorés défraient la manchette. La controverse concernant le versement d'une prime de départ de 380 000 $ à l'ancien président de la Caisse de dépôt, Henri-Paul Rousseau, aurait aussi bien pu se dérouler en France. Sauf qu'il aurait fallu multiplier les montants par dix. Alain Souchon en a même fait une chanson, dont le refrain ironique aurait pu être écrit par nul autre que Nicolas Sarkozy.

Le candidat n'avait-il pas promis de rendre illégales ces primes de départ? Mais la tâche s'avère plus difficile que prévu. Il ne se passe cependant pas une semaine sans que le président ne monte au créneau contre les revenus des dirigeants des grandes sociétés. Les exemples ne manquent pas: 6 millions d'euros en prime de départ pour la p.-d.g. d'Alcatel, Patricia Russo, 8,2 millions pour l'ancien patron d'EADS, Noël Forgeard, et 12,9 millions pour celui de Vinci, Antoine Zacharias. À la différence du Québec, il ne s'agit pas ici de sociétés d'État, comme la Caisse de dépôt, mais bien d'entreprises privées.

De passage à Vesoul la semaine dernière, le président a menacé une fois de plus de légiférer si les entreprises ne se plient pas à ses injonctions. «Il faut mettre un terme à ces pratiques qui ont suscité, à raison, l'indignation des Français», a-t-il renchéri. En octobre dernier, alors que l'État se portait au secours de la banque franco-belge Dexia, les pressions politiques avaient forcé son p.-d.g., Axel Miller, à abandonner un parachute de 4 millions d'euros.

Au même moment, l'Élysée forçait le conseil du patronat, le MEDEF, à proposer de nouvelles règles à ses membres. La charte adoptée par les syndicats patronaux limite à deux ans de rémunération ces primes de départ. Elle propose d'empêcher les cumuls des indemnités, de les limiter aux entreprises qui ont fait des profits et créé des emplois et, surtout, de les interdire lorsque les patrons quittent volontairement leur entreprise (comme l'a fait Henri-Paul Rousseau). Si ces recommandations ne sont pas appliquées d'ici la fin mars, le président menace de légiférer.

Du côté des organisations patronales, on soutient que l'immense majorité des grandes entreprises cotées en bourse adhère déjà à cette charte. L'Autorité des marchés financiers parle de 94 % des 120 plus grandes sociétés cotées en bourse. Des chiffres contestés par le quotidien Le Monde, qui cite une étude du cabinet Hewitt Associates selon laquelle 80 % de ces mêmes sociétés ne respecteraient pas ces recommandations. De nombreux dirigeants accumulent plusieurs indemnités de départ, indique l'étude. Selon le président du directoire de Quilvest Family Office, Guillaume Dozinel, il est aujourd'hui pratiquement impossible de savoir précisément combien d'entreprises se sont conformées à ces règles.

Sarkozy s'en prend aux banques

En attendant de légiférer peut-être un jour, Nicolas Sarkozy a décidé de s'en prendre aux grandes banques. Selon lui, les bonus de fin d'année que touchent leurs dirigeants sont immoraux. Il les a donc sommés d'y renoncer. Le président se croit d'autant plus justifié d'intervenir que, depuis le début de la crise financière, l'État a déjà allongé 10,5 milliards d'euros en prêts à long terme aux principales banques de France.

Les dirigeants de BNP-Paribas ont aussitôt obtempéré. Mais cette mise en demeure a fait réagir les directions du Crédit agricole et de la Société générale. Celles-ci ont répondu que la rémunération de leurs dirigeants était du ressort de leur conseil d'administration, pas de la présidence française. Elles rappellent que, malgré la crise, les résultats des banques françaises sont plutôt bons si on les compare à ceux des autres banques européennes. Presque toutes les banques françaises ont fait des profits en 2008. Même BNP Paribas, qui a pourtant perdu un milliard d'euros lors de l'affaire Kerviel, termine l'année avec trois milliards de profits.

Plusieurs médias ont souligné que les présidents et les directeurs n'étaient pas, de loin, les employés les mieux payés des banques. Ils arriveraient même au vingtième rang, loin derrière les arbitragistes, qui peuvent toucher des commissions astronomiques. Personne ne songe pour l'instant à appliquer ces règles à une profession où la compétition est vive pour attirer les meilleurs éléments.

Des mesures contestées

À Paris, de nombreux experts estiment qu'une loi interdisant les parachutes dorés serait très difficile, sinon impossible, à appliquer. Selon les avocats de chez Deloitte Touche Tohmatsu, les parachutes dorés ont de plus leur utilité dans un contexte où les fusions d'entreprises sont nombreuses. Elles permettent de restructurer plus rapidement les équipes de direction en laissant partir les cadres qui font double emploi.

L'ancien président d'Unilog, Gérard Philippot, n'hésite pas à défendre le système des stocks options, par lequel les conseils d'administration offrent gratuitement aux administrateurs des actions de l'entreprise. «Je peux témoigner qu'il s'agit d'un levier très puissant pour motiver les hommes, jeunes ou vieux, français ou étrangers», écrit-il dans le quotidien Les Échos.

À la radio, Alain Souchon chante «La pilule, on va se la dorer / J'ai le parachute doré». Ce n'est plus tout à fait aussi vrai pour certains patrons français.

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Correspondant du Devoir à Paris

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