Course à la direction des socialistes français - Ségolène Royal crée la surprise et Delanoë perd des plumes

À une semaine du congrès socialiste, Ségolène Royal a créé la surprise.
Photo: Agence France-Presse (photo) À une semaine du congrès socialiste, Ségolène Royal a créé la surprise.

Paris — L'ancienne candidate socialiste était donnée pour morte depuis son échec à l'élection présidentielle. La voilà pourtant qui arrive en tête du vote qui s'est déroulé dans la nuit de jeudi à hier en préparation du congrès du parti qui se tiendra du 14 au 16 novembre à Reims. Invités à voter sur six motions, 29 % des militants socialistes se sont prononcés en faveur de celle présentée par Ségolène Royal, alors que les sondages semblaient favoriser Bertrand Delanoë qui n'arrive que second, avec 25 % des voix. Le maire de Paris est dans un mouchoir de poche avec la troisième motion soutenue par son homologue de Lille, Martine Aubry.

À une semaine du congrès qui doit choisir le successeur de François Hollande au secrétariat général du parti, ce vote est considéré comme une surprise pour Ségolène Royal et un revers pour Bertrand Delanoë qui était porté par les sondages de popularité et avait notamment reçu l'appui du secrétaire général sortant, François Hollande. Après avoir suscité l'enthousiasme, la campagne de Bertrand Delanoë a connu un creux ces dernières semaines, ce qui rendait les résultats du vote très difficiles à prévoir. Même à Paris, il n'obtient que 38 % des voix. Plébiscitée comme candidate du parti il y a plus d'un an, Ségolène Royal avait quant à elle gardé le soutien de quelques grandes fédérations socialistes comme celle des Bouches-du-Rhône. Mais sa chute dans les sondages de popularité laissait augurer du pire.

Il faut dire que les trois principales motions étaient assez peu différentes sur le plan du contenu. Une quatrième, celle du candidat de l'aile gauche du parti, Benoît Hamon, recueille 19 %. Un résultat surprenant pour un candidat à qui on accordait très peu de chances. Deux autres motions très marginales, celles des pôles écologique et Utopia recueillent moins de 2 % des suffrages.



Des négociations ardues

Ce fractionnement du vote est une première au Parti socialiste dont les secrétaires généraux étaient traditionnellement élus par des majorités substantielles, comme ce fut le cas pour François Hollande et Lionel Jospin. Pour ajouter à la confusion, les socialistes n'ont toujours pas décidé si leur prochain secrétaire général serait aussi le prochain candidat socialiste à la présidence. Voyant ses chances de l'emporter diminuer, Ségolène Royal avait affirmé, il y a plusieurs semaines qu'elle mettait sa candidature au poste de secrétaire générale «au frigidaire».

S'il ne résout pas le problème, le vote assure une place prépondérante à l'équipe de Ségolène Royal dans la direction du parti. Suivant la tradition, c'est elle qui devrait mener les négociations qui conduiront à la nomination du prochain secrétaire. «Le résultat du vote me donne une légitimité», a déclaré la présidente de la région Poitou-Charentes sur France Inter. «Il va falloir que le vote [des militants] soit respecté», a-t-elle ajouté.

L'actuel premier secrétaire du parti, François Hollande, qui soutient Bertrand Delanoë, ne semble pas de cet avis. La victoire de Ségolène Royal «ne lui permet pas d'être majoritaire dans le Parti socialiste», a-t-il déclaré. «Ce n'est pas le scénario le plus simple pour le PS», ajoute-t-il. Selon lui, «le problème, ce n'est pas cet ordre d'arrivée, c'est comment on donne au parti [...] une majorité stable capable de le conduire». Hollande a demandé aux tenants des quatre motions principales de «chercher ensemble les voies d'un rassemblement» afin d'éviter que le parti connaisse «des jours difficiles».

Répliquant directement à François Hollande, Ségolène Royal a estimé que «si la politique était simple ça se saurait». Même si sa candidature n'est «pas un préalable», elle s'est engagée à «mettre en mouvement la cohésion et l'unité des socialistes». Hier, Ségolène Royal ne faisait pas de sa candidature une condition sine qua non. Pour tenter de dénouer la crise, on s'attendait à ce qu'elle propose plutôt un de ses proches au poste de secrétaire général. Le nom de l'ancien porte-parole de Ségolène Royal, Vincent Peillon, est le plus souvent cité. Il est aussi question de François Rebsamen, lui aussi partisan de l'ex-candidate.



Le jeu des alliances

Les tractations qui vont s'amorcer seront difficiles. «Je n'ai jamais vu un candidat à la présidence de la république faire moins de 30 % au congrès suivant», a déclaré Henri Emmanuelli partisan de la motion d'extrême gauche de Benoît Hamon. Déjà, Bertrand Delanoë a laissé entendre qu'il n'était pas question pour lui de s'allier avec Ségolène Royal, qu'il ne juge pas suffisamment à gauche. «Le Parti socialiste, dit-il, doit être un vrai parti de militants, fidèle à son histoire, ouvert sur la société et suffisamment fort pour s'imposer comme le pôle central d'un rassemblement de toutes les forces progressistes [...]. Cela exclut toute perspective d'alliance avec un parti qui ne s'assumerait pas clairement de gauche.» On se rappellera que, lors de la dernière campagne, Ségolène Royal avait envisagé une alliance avec les centristes du Modem dirigé par François Bayrou.

Selon l'éditorialiste du quotidien Le Monde, c'est le maire de Paris et François Hollande qui sont les principaux perdants de ce scrutin. «En plaçant M. Delanoë nettement derrière, les militants du PS ont marqué leur défiance vis-à-vis de l'appareil et des grands élus, écrit le quotidien. Ils ont voulu s'affranchir de jeux stériles et datés reflétant une pratique ancienne de la politique.»

Dans le camp de Martine Aubry, on était sous le choc. Jamais une telle situation ne s'était produite depuis le congrès de Rennes en 1990. La mairesse de Lille a proposé une réunion d'urgence. Les militants socialistes souhaitent évidemment que les responsables des principales motions arrivent à s'entendre avant le congrès du 14 novembre afin de leur éviter de s'étriper en public. Cela ne devrait pas se faire sans heurts. Après le congrès, le secrétaire général du parti sera finalement élu au suffrage universel des militants le 20 novembre. Mais ce vote ne devrait plus être qu'une formalité.

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Correspondant du Devoir à Paris
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 8 novembre 2008 10 h 43

    Plus à gauche

    L'analphabète politique que je suis pense que la victoire de Obama aux États-Unis (et, d'une certaine manière, dans le monde) permettra à Ségolène Royale de se réafficher à gauche, coupant ainsi l'herbe sous le pied de Bernard Delanoë. Non pas que Obama soit à gauche, mais c'est l'image qu'il a projetée... On verra...
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario