Une vaste affaire de trafic d'armes de guerre - Le procès de l'Angolagate a débuté hier à Paris

Paris — Le procès de l'Angolagate, vaste affaire de trafic d'armes de guerre, a subi dès son ouverture hier à Paris, de premiers assauts visant à le faire dérailler, l'Angola demandant carrément le retrait des pièces incriminantes au nom du respect du secret d'État d'un pays étranger.

On attendait l'offensive du côté de la soixantaine d'avocats défendant les 42 prévenus, dont Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur, Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné du défunt président, Jacques Attali, son ancien conseiller ou encore le romancier Paul-Loup Sulitzer, tous soupçonnés d'avoir touché des pots-de-vin. Mais c'est la république d'Angola elle-même qui a déposé un recours à quelques heures de l'ouverture des débats.

Dans ce recours, l'Angola s'oppose à «la discussion publique, dans une enceinte de justice étrangère», d'éléments relevant de «ses prérogatives de puissance publique touchant ses intérêts d'État et de défense nationale».

L'enquête ouverte fin 2000 a établi que le Français Pierre Falcone et son associé Arcadi Gaydamak, Israélien d'origine russe, ont vendu au gouvernement du président Dos Santos, en pleine guerre civile, 790 millions $US d'armes achetées en Europe de l'Est, notamment en Russie et Bulgarie.

Grâce aux armes (hélicoptères, blindés, mines, armes d'infanterie, etc.) le président Dos Santos a pu solder à son profit la guerre, qui a fait 500 000 morts de 1975 à 2002. Le bénéfice des ventes, évalué à 397 millions, a été utilisé pour constituer un réseau d'influence, dit l'accusation.

Aucun Angolais ne figure parmi les prévenus, mais le tribunal doit évoquer des centaines de millions de versements à Eduardo dos Santos et une trentaine d'officiels angolais.

Une somme totale de 54,4 millions $US et la prise en charge de 4,22 millions d'euros de frais est évoquée par l'ordonnance de renvoi à ce titre. Il est question de remises d'espèces, de séjour luxueux, de la location de yachts et de cadeaux luxueux comme la Renault Safrane blindée offerte au président dos Santos pour environ 300 000 $US.

En marge d'une autre opération menée par le duo Falcone-Gaydamak (la renégociation bancaire de la dette angolaise) , la justice a découvert par ailleurs des commissions plus élevées encore, dont 37 millions $US sur un compte au Luxembourg pour Eduardo dos Santos.

En visite en Angola au mois de mai, pays qui a doublé sa production de pétrole depuis 2002 et où Paris place de grands espoirs pour Total, Nicolas Sarkozy avait déclaré vouloir «tourner la page des malentendus du passé».

Au tribunal lundi soir, les quelque 60 avocats de la défense ont commencé à plaider pour tenter de faire capoter le procès par la procédure. Le parquet de Paris a dit à la presse cet été qu'il maintenait l'accusation de trafic d'armes.

Si les manoeuvres échouent, l'examen des faits devrait commencer lundi prochain. Pierre Falcone, Arcady Gaydamak, Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani encourent jusqu'à dix ans de prison, les autres prévenus cinq ans.