Changements climatiques - Les écologistes redoutent une révision à la baisse du plan de l'UE

Bruxelles — Les négociations sur le plan européen de lutte contre le changement climatique entreront dans une phase cruciale demain avec des votes-clés au Parlement européen, et l'inquiétude monte chez les écologistes devant l'affaiblissement du dispositif sous les pressions de l'industrie.

Les eurodéputés de la commission Environnement se préparent à un «super mardi»: une journée continue de votes dont le résultat formera la base de la position du Parlement face aux pays membres, dans la difficile partie à jouer pour tenir l'objectif d'arriver à un accord politique sur l'ensemble du plan en décembre.

L'issue de ces votes semble incertaine, car les deux grands groupes politiques du Parlement — conservateurs et socialistes — sont divisés, à l'image des pays de l'UE dont ils sont le reflet.

Les Allemands, entrés en période électorale et dont les dirigeants sont très réceptifs aux doléances du patronat, sont particulièrement sensibles aux pressions.

«Les élus conservateurs allemands, comme une partie des socialistes, cherchent à tout retarder», se sont inquiétés vendredi les écologistes du Fonds Mondial pour la Nature (WWF).

Les votes de demain porteront sur trois dispositions du plan antiréchauffement: le système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre pour l'industrie (ETS), l'effort à mener par chacun des pays dans les secteurs non industriels et les mesures pour développer le piégeage et le stockage du CO2.

Ces trois volets, associés à des projets de législation sur les énergies renouvelables et la réduction des émissions polluantes des voitures, forment le plan censé permettre à l'UE de réduire en 2020 ses émissions de gaz à effet de serre de 20 %, de porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation et de réaliser 20 % d'économies d'énergie.

Permis d'émissions

L'une des mesures-clés du plan est la mise aux enchères dès 2013 des permis d'émissions de CO2 actuellement accordés gratuitement aux industries lourdes, comme les centrales à charbon, les cimenteries, la sidérurgie et la chimie. Elle devrait rapporter 44 milliards d'euros par an aux budgets des pays européens.

Plus de 10 000 installations dans les secteurs énergétique et industriel bénéficient actuellement de quotas gratuits. Elles sont collectivement responsables de près de la moitié des émissions de CO2 et de 40 % de celles de gaz à effet de serre de l'UE.

Le passage à des permis payants est dénoncée par les industriels, qui l'assimilent à une taxe pénalisante face à la concurrence internationale.

Jeudi dernier, les dirigeants et les syndicats des entreprises du secteur de la métallurgie ont affirmé que les objectifs de réduction des émissions de CO2 fixés par Bruxelles étaient «impossibles à atteindre».

Ils ont appelé le Parlement européen, les pays membres et la Commission à «améliorer les propositions» sur le système d'échange.

Les lobbyistes des industriels, très actifs depuis plusieurs semaines, ont déjà marqué un point devant la commission Industrie du Parlement: elle a prôné l'allocation d'une proportion importante de quotas gratuits et le rejet de toute pénalité pour contraindre les pays à atteindre leurs objectifs nationaux.

Les compromis en discussion entre États membres vont dans le même sens.

«Tout est négocié à la baisse. Ce qui est en train de se passer va dans la mauvaise direction», accuse le WWF. Comme Greenpeace, il accuse la présidence française de l'UE de céder aux pressions de l'industrie.

Même si les écologistes rappellent que l'UE doit rester ambitieuse pour jouer un rôle moteur lors des négociations internationales sur le climat prévues en décembre 2009 à Copenhague, ils sont conscients que la situation économique ne plaide pas pour eux.

«Il est clair que la faillite d'une banque préoccupe plus l'opinion aujourd'hui que le réchauffement du climat», a ainsi lancé le chef de la diplomatie allemande, le socialiste Frank-Walter Steinmeier.