Royaume-Uni - Brown remanie son gouvernement

Peter Mandelson est appelé en renfort de Bruxelles pour faire face à la crise économique.
Photo: Agence Reuters Peter Mandelson est appelé en renfort de Bruxelles pour faire face à la crise économique.

Londres — Le premier ministre britannique Gordon Brown a remanié en profondeur hier son gouvernement pour faire face à la crise économique, rappelant l'un des piliers du Parti travailliste et du précédent cabinet de Tony Blair, le controversé Peter Mandelson. L'actuel commissaire européen au commerce fait son retour comme ministre des Entreprises.

Selon le porte-parole de Gordon Brown, Michael Ellam, ce remaniement est «destiné à renforcer la capacité du gouvernement à affronter les défis économiques mondiaux auxquels nous sommes actuellement confrontés».

Peter Mandelson, représentant de l'Union européenne dans les négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est donc rappelé de Bruxelles pour remplacer le ministre chargé des entreprises John Hutton, qui devient ministre de la Défense.

C'est le changement le plus marquant. Peter Mandelson, ancien ministre au Commerce et ministre chargé de l'Irlande du Nord, avait soutenu l'ex-premier ministre Tony Blair face à Gordon Brown en 1994 quand les deux hommes briguaient la direction du Labour. Avec l'appui de Mandelson, Tony Blair l'avait emporté, Gordon Brown se retirant de la course.

Tony Blair avait récompensé Peter Mandelson en lui confiant des postes clés au sein du gouvernement, même s'il avait été contraint de démissionner à deux reprises à la suite de scandales, notamment pour n'avoir pas parlé d'un prêt d'un collègue multimillionnaire. Le retour de Mandelson constitue une volte-face spectaculaire pour Gordon Brown, qui voulait lors de son arrivée au 10, Downing Street fin juin 2007 complètement tourner la page de l'ère Tony Blair.

Non élu

«Et de trois», a lancé Peter Mandelson, 54 ans, à son arrivée à la résidence du premier ministre. M. Mandelson ne siège pas à la Chambre des Communes et sera nommé à la Chambre des Lords par Gordon Brown, ce qui lui permettra d'intégrer le gouvernement sans être élu. Commissaire européen depuis quatre ans, M. Mandelson sera remplacé à ce poste par Catherine Ashton.

Gordon Brown a aussi rappelé l'ancienne ministre des Affaires étrangères de Tony Blair Margaret Beckett, entrée pour la première fois au gouvernement en 1975 et qui a servi sous quatre premiers ministres différents. Elle devient ministre du Logement.

Ed Miliband, frère cadet du ministre des Affaires étrangères David Miliband, fait aussi son entrée au gouvernement et prend la tête d'un nouveau ministère de l'énergie et du climat. L'ancien ministre de la Défense Geoff Hoon prend pour sa part le ministère des Transports.

Gordon Brown a aussi annoncé la mise en place d'un Conseil économique national pour aider le pays à surmonter la crise financière en coordonnant les politiques économiques du pays. Présidé par le premier ministre, cette structure accueillera notamment le président de Vodafone John Bond et celui de Lloyds TSB Victor Blank.

Plusieurs ministres importants comme Alistair Darling (Finances), Jacqui Smith (Intérieur) et Jack Straw (Justice) se voient par ailleurs confirmer dans leurs fonctions.

Chacun s'attendait à voir Gordon Brown — à la traîne dans les sondages — procéder à un remaniement avant la rentrée parlementaire, alors que plusieurs membres du gouvernement ont déjà annoncé leur départ. La semaine dernière, la parlementaire Ruth Kelly avait dit vouloir quitter le ministère des Transports pour passer plus de temps avec ses jeunes enfants. Le secrétaire d'État au Commerce Digby Jones a également fait savoir qu'il allait démissionner.

Pour Rodney Baker, professeur de sciences politiques à l'Ecole d'économie de Londres, faire revenir Peter Mandelson est une bonne idée. «Il a de claires compétences. Il va donner l'impression qu'il y a un message, une direction, du contrôle», analyse-t-il.

Mais la question des relations entre Gordon Brown et son nouveau ministre continue à se poser. Les deux hommes, et c'est un euphémisme, ne s'apprécient pas. «Ils se haïssent vraiment», précise l'ancien porte-parole et conseiller en communication de Tony Blair, Alistair Cambpell. Peter Mandelson a de son côté reconnu hier que son entente avec Gordon Gordon Brown a connu des «hauts et des bas»...

Ce remaniement a un goût amer pour certains députés travaillistes représentant la base du parti, comme John McDonnell. «C'est un extraordinaire retour en arrière, avec les pires éléments de l'ère Blair, que de réintégrer» des personnalités aussi controversées, a-t-il estimé.

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