Les observateurs de l'OSCE se prononcent - Les élections au Bélarus n'ont pas été démocratiques

Alexandre Loukachenko
Photo: Agence Reuters Alexandre Loukachenko

Minsk — L'OSCE a jugé hier non démocratiques les législatives bélarusses dont l'Occident avait fait un test pour un éventuel rapprochement avec cette ex-république soviétique, souvent qualifiée de dernière dictature d'Europe.

Selon la mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le scrutin a été «généralement bien mené mais le processus s'est considérablement détérioré pendant le dépouillement». «Les promesses de transparence pendant le dépouillement n'ont pas été tenues», poursuit l'OSCE.

Le rapport des observateurs fait état de «plusieurs cas de falsification délibérée des résultats» et souligne que dans un tiers des cas, les observateurs internationaux n'ont pas pu assister au décompte des suffrages.

Anne-Marie Lizin, l'un des responsables de la mission de l'OSCE, prévient que «des améliorations de fond sont requises si le Bélarus entend conduire une élection authentiquement démocratique».

Pas d'opposition
Le chef de la mission d'observateurs, Geert Ahrens, s'est félicité des progrès esquissés, mais s'est dit déçu du résultat. «Notre rapport ne ferme aucune porte, au contraire il appelle à la coopération», a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Selon les résultats officiels communiqués par la commission centrale des élections, aucun représentant de l'opposition ne siégera parmi les 110 membres de la future assemblée.

Soixante-dix-huit candidats de l'opposition avaient pourtant été autorisés à se présenter à ce scrutin organisé sous le regard de 477 observateurs de l'OSCE. Et l'Union européenne, qui a imposé une série de sanctions aux dirigeants du Bélarus, avait indiqué qu'elle pourrait assouplir ses mesures de rétorsion, voire les annuler si le scrutin se déroulait bien.

«Il s'agit d'un crachat au visage de l'Union européenne», commentait hier matin Alexandre Kozouline, un dirigeant de l'opposition libéré de prison le mois dernier. L'évaluation de l'OSCE est cependant suffisamment équilibrée pour que la porte d'un dialogue entre Minsk et l'Union européenne reste ouverte si cette dernière le souhaite, a toutefois relevé la coordinatrice des observateurs, Anne-Marie Lizin.

Le département d'État américain a de son côté estimé hier que ces élections auxquelles l'opposition n'a obtenu aucun siège étaient «bien loin des normes internationales».

La Commission européenne est restée prudente dans son évaluation des législatives, soulignant les indications «tant positives que négatives» des observateurs de l'OSCE.

L'opposition bélarusse a conclu à une «défaite de la diplomatie européenne» dans ses pressions pour obtenir du président Alexandre Loukachenko des avancées démocratiques. Celui-ci avait fait quelques gestes avant le scrutin, libérant trois prisonniers politiques. Les candidats de l'opposition ont aussi eu un «accès légèrement accru» aux commissions électorales, plus de facilités pour tenir des réunions publiques et cinq minutes de temps de parole à la télévision à une heure de grande écoute, a noté l'OSCE.

Mais le bât blesse sur le comptage des voix, comme le redoutait l'opposition.

«Les promesses d'assurer la transparence du comptage n'ont pas été remplies», souligne l'OSCE. Celui-ci a été jugé «mauvais ou très mauvais» dans 48 % des bureaux de vote visités par les observateurs et «plusieurs cas de falsification délibérée des résultats ont été observés».

L'Union européenne avait promis de lever les sanctions qui empêchent Alexandre Loukachenko de se rendre dans ses États-membres et d'engager un dialogue pouvant se traduire par une aide financière si l'élection présentait des progrès démocratiques.

«Je ne sais pas quels mots ils vont trouver, mais Loukachenko les a dupés. Ils les a dupés comme le dernier des escrocs», a affirmé le leader du Parti citoyen uni, Anatoli Lebedko.

Les législatives ont été suivies de près non seulement en Europe mais aussi en Russie. Dès hier, le premier ministre Vladimir Poutine a d'ailleurs annoncé une visite «de travail» au Bélarus pour le 6 octobre.