Espagne - La justice fait barrage aux candidatures indépendantistes

Vincent West reuters
«Non à l’illégalisation, place à la démocratie maintenant!» pouvait-on lire hier à Balmaseda.
Photo: Agence Reuters Vincent West reuters «Non à l’illégalisation, place à la démocratie maintenant!» pouvait-on lire hier à Balmaseda.

Madrid — Le Tribunal suprême espagnol a privé Batasuna, le bras politique interdit de l'ETA, de presque toute chance d'être indirectement représenté aux élections locales du 27 mai en interdisant dans la nuit de samedi à hier la plupart des listes indépendantistes basques.

Interdit en Espagne depuis 2003 en raison de ses liens avec le groupe armé ETA, Batasuna a cherché ces dernières semaines à contourner la loi pour être malgré tout présent à ces élections: municipales au Pays basque, municipales et régionales en Navarre.

Mais dans un premier arrêt rendu dans la nuit, le Tribunal suprême espagnol a interdit l'ensemble des 246 «listes citoyennes» présentées sous le sigle «Abertzale Sozialistak» («Patriote et socialiste»), jugeant qu'elles n'étaient qu'une émanation déguisée de Batasuna. Il a toutefois maintenu la candidature de sept listes indépendantes dont le procureur général Candido Conde-Pumpido avait demandé l'interdiction.

Dans un second arrêt rendu à l'aube, le Tribunal suprême a décidé d'interdire 133 des 256 listes présentées par le parti Action nationaliste basque (ANV), un vieux parti indépendantiste, cofondateur de Batasuna, tombé en désuétude mais réactivé à l'approche des élections.

La décision du Tribunal suprême, fondée sur la «contamination» d'une partie des listes d'ANV, est conforme à la demande du parquet et a été prise à l'unanimité après de longues délibérations.

Batasuna a vivement réagi hier à ces deux décisions, considérant que le parti socialiste (PSOE) au pouvoir en Espagne et les nationalistes modérés du PNV au pouvoir au Pays Basque, avaient influencé le Tribunal suprême pour «fermer absolument toutes les possibilités».

«Ils veulent démembrer la gauche indépendantiste en la détruisant», a affirmé sur un ton virulent un porte-parole de Batasuna, Joseba Alvarez. Le principal parti de l'opposition, le Parti Populaire (PP, droite) a quant à lui reproché au gouvernement d'avoir «lié les mains du Tribunal suprême» pour qu'il ne puisse pas interdire l'intégralité des listes d'ANV.

Il reste une dernière possibilité théorique pour Batasuna de s'assurer une représentation indirecte aux élections du 27 mai. Le parti indépendantiste a mis sur pied un nouveau parti pour participer aux élections, Abertzale Sozialisten Batasuna (ASB, Unité patriotique socialiste), mais il devrait être interdit le 16 mai par le Tribunal suprême.

Les interdictions des listes de la gauche indépendantiste basque sont devenues un enjeu politique majeur en Espagne. Le PP réclamait l'interdiction de toutes ces listes comme condition pour reprendre le dialogue avec le gouvernement socialiste sur la question basque.

La participation aux élections est importante pour la survie politique de Batasuna, notamment au plan financier. Batasuna avait rassemblé 10,12 % des voix aux régionales de 2001 et 19,91 % aux municipales de 1999.

Depuis l'attentat meurtrier (2 morts) perpétré le 30 décembre par l'ETA à l'aéroport de Madrid, qui a porté un coup fatal au processus de dialogue entamé avec le gouvernement socialiste, Batasuna a pris ses distances avec la violence du groupe armé qui est tenu pour responsable de 819 morts en près de 40 ans de campagne terroriste pour l'indépendance du Pays basque.