Élection présidentielle en France - Rocard propose une alliance Royal-Bayrou

Ségolène Royal a rencontré des enfants hier, après une assemblée partisane à Mulhouse.
Photo: Agence Reuters Ségolène Royal a rencontré des enfants hier, après une assemblée partisane à Mulhouse.

Paris — Une figure du Parti socialiste (PS), l'ancien premier ministre Michel Rocard, a soutenu hier l'idée d'une alliance entre la socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou, une première au PS, qui relance le débat sur la création d'une social-démocratie en France.

Mme Royal a botté en touche, affirmant qu'elle ne se livrerait à «aucune tractation dans le dos des électeurs», tandis que François Bayrou a salué dans cet appel un nouveau signe d'un «changement en route» du paysage politique français actuellement marqué par le clivage gauche-droite.

À neuf jours du premier tour de la présidentielle, Michel Rocard, député européen et défenseur d'un courant de centre-gauche, part d'un constat: il dit «espérer que Ségolène sera assez forte [pour gagner] mais avoir les plus grands doutes d'après les sondages», a-t-il expliqué à la radio RTL.

Du coup, l'ancien premier ministre de François Mitterrand dit vouloir «s'assurer d'un désistement mutuel et d'une alliance» entre les deux candidats avant le premier tour «pour que les Français leur fassent confiance».

Ségolène Royal est donnée battue au deuxième tour par le candidat de droite Nicolas Sarkozy dans la quasi-totalité des sondages depuis deux mois, le candidat de l'UMP gagnant à environ 52-54 % contre 46-48 % pour la socialiste.

François Bayrou arrive en troisième position au premier tour avec environ 18-20 % des voix, selon les sondages, derrière Ségolène Royal (22-26 %) et Nicolas Sarkozy (26-31 %) et devant le leader d'extrême-droite Jean-Marie Le Pen 13-16 %.

«Dans quelques jours, les Français décideront qui, de François Bayrou ou de Ségolène Royal, sera le mieux à même de battre Nicolas Sarkozy», a-t-il expliqué, dans une tribune publiée par le journal Le Monde daté de samedi, alors que la gauche dénonce un rapprochement entre les idées.

«Et ils le feront d'autant mieux qu'ils sauront que, dans tous les cas, une alliance sincère et constructive défendra au second tour puis aux législatives un projet commun d'espoir pour la France», a-t-il ajouté.

«Isolés, ni eux [les centristes] ni nous n'avons une chance de battre la coalition de Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen», estime le député européen.

Deux collectifs proches du PS ayant pour pseudonymes «Spartacus» et «Les Gracques», dont certains membres connus sont d'anciens proches de M. Rocard, avaient déjà appelé à un tel rapprochement, mais jusqu'ici en vain.

M. Rocard est la première personnalité du PS à appeler ainsi ouvertement à une alliance avec le candidat centriste.

Ségolène Royal, en déplacement à Mulhouse, a assuré qu'elle «ne se laisse pas ballotter au gré des réactions des uns et des autres».

Le chef du Parti socialiste, par ailleurs son compagnon, avait auparavant opposé une fin de non-recevoir à l'ancien premier ministre. François Hollande a estimé qu'il n'y avait «pas d'alliance concevable entre la gauche et une partie de la droite».

François Bayrou, qui veut former un gouvernement de rassemblement s'il était élu et n'a pas exclu de nommer un premier ministre de gauche, s'est lui réjoui d'une «nouvelle très importante, un signe très important de changement de la part de l'un de ceux qui ont exercé au Parti socialiste des responsabilités de premier plan».

À voir en vidéo