L'Élysée et Sarkozy nient toute collusion

Nicolas Sarkozy
Photo: Agence Reuters Nicolas Sarkozy

Paris — L'Élysée et Nicolas Sarkozy ont nié hier avoir conclu, comme l'affirmait Le Canard enchaîné, un pacte accordant au président sortant une immunité judiciaire si le candidat de l'UMP est élu.

Nicolas Sarkozy, en échange du soutien de Jacques Chirac à sa candidature, se serait engagé en cas de victoire à la présidentielle française à «éviter au président sortant tout retour de flamme judiciaire», affirmait Le Canard enchaîné d'hier.

«Le vote d'une amnistie spécifique aux affaires financières, jugé politiquement trop risqué, a été écarté. En revanche, la discussion d'un projet de loi destiné à renforcer la lutte contre la délinquance devrait fournir l'occasion attendue», écrit l'hebdomadaire satirique.

Selon Le Canard, «l'équipe de Sarko se montre très discrète sur cette promesse. Mais certains de ses conseillers confirment que le projet a été bien étudié». Du côté de l'Élysée, on se montre cependant plus bavard. D'après un «chiraquien pur sucre» cité par Le Canard, «un article de la loi imposera aux juges de clore leurs dossiers dans des délais très stricts, pas plus d'une dizaine d'années après les faits incriminés pour les simples délits. Les dossiers trop anciens, encore à l'instruction, seront purement et simplement annulés».

Un proche de Chirac cité par ailleurs avertit que «les promesses peuvent être oubliées, mais nous avons pris des garanties. C'est du rapport de force, du donnant-donnant. On a des dossiers sous le coude», a-t-il affirmé au Canard.

L'entourage du président de la République a d'abord parlé d'allégation «sans fondement» avant que le palais présidentiel ne dénonce le «procédé scandaleux» utilisé selon lui par le journal satirique. «Nous tenons à rappeler que ces allégations sont totalement infondées et mensongères», a-t-on déclaré à la présidence.

«Il s'agit d'un procédé scandaleux et inacceptable que la période électorale ne saurait excuser», a-t-on souligné.

Cet article «n'est fondé sur aucune espèce de réalité, je démens de la façon la plus ferme et la plus complète», a dit Nicolas Sarkozy en marge d'un déplacement près de Paris.

Claude Guéant, son directeur de campagne, avait auparavant déclaré ceci: «Tout cela, je ne sais pas d'où ça vient. C'est une information sans fondement. Par conséquent, je n'ai aucun commentaire à faire.»

Tout en qualifiant ces accusations d'«insupportables», le président de l'Assemblée, Patrick Ollier, a fait entendre un autre point de vue en défendant le principe d'une réforme qui obligerait les magistrats à conclure les affaires dans un temps limité après les faits.

«Nous considérons que si, au terme de dix ans, l'instruction n'a pas permis de déboucher sur un dossier, ça veut dire que les gens qui ont conduit cette instruction n'ont pas fait diligence pour mener au terme le travail qu'ils avaient à faire», a-t-il dit en marge d'une conférence de presse à l'Assemblée.

Or, selon Le Canard enchaîné, l'effacement des dossiers visant Jacques Chirac s'effectuerait justement par le biais d'une instauration de délais-butoirs dans les enquêtes, dans le cadre d'un projet de loi sur la délinquance que le candidat de l'UMP s'est engagé, s'il entre à l'Élysée, à faire voter en juillet.

Un article de la loi imposerait aux juges de clore leurs dossiers dans des délais stricts, pas plus d'une dizaine d'années après les faits. Les dossiers trop anciens, encore à l'instruction, seraient «purement et simplement annulés».

Jacques Chirac est susceptible d'être entendu par des juges après la fin de son second mandat, le 16 mai, dans des affaires judiciaires datant de l'époque où il était maire de Paris et président du RPR, entre 1977 et 1995.

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