La Grande-Bretagne envoie des renforts en Afghanistan

Londres — Quarante-huit heures après avoir annoncé le début de son retrait militaire d'Irak, le gouvernement britannique a fait connaître son intention de renforcer sa présence militaire en Afghanistan pour faire face à une offensive des talibans attendue au printemps.

De source gouvernementale citée par The Guardian, on évalue à plus d'un millier d'hommes les renforts que le gouvernement de Tony Blair a décidé de dépêcher en Afghanistan tandis que la chaîne Sky TV parle pour sa part de «centaines» de soldats.

«Comme toujours, nos effectifs en Afghanistan font l'objet d'une révision constante. Si des changements en matière d'effectifs devaient intervenir, ils seraient annoncés au Parlement par la voie habituelle», se borne-t-on à dire au ministère de la Défense au sujet de l'article du Guardian.

Présenté jeudi en conseil des ministres, le plan prévoyant des renforts en hommes et en matériel pour l'Afghanistan devrait être officialisé lundi par le ministre de la Défense, Des Brown, croit savoir le Guardian, qui évalue son coût à 250 millions de livres (près de 490 millions de dollars).

Cinq mille militaires britanniques sont déjà présents en Afghanistan au titre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf), qui compte 33 000 hommes opérant sous le commandement de l'OTAN.

Les militaires britanniques sont basés dans la province méridionale du Helmand, où l'on a observé une nette recrudescence de la guérilla islamiste en 2006, année la plus sanglante — avec 4000 morts — depuis l'invasion de 2001, qui a chassé du pouvoir les talibans.

«Le secrétaire à la Défense, Des Brown, soupèse à l'heure actuelle le niveau approprié des forces pour combattre efficacement et faire reculer les talibans afin de les empêcher de reprendre le contrôle de l'Afghanistan», a déclaré à Sky TV le secrétaire à l'Irlande du Nord, Peter Hain.

En dépit de l'importance des effectifs engagés par l'OTAN en Afghanistan, Londres et Washington se plaignent que les autres membres de l'Alliance, confrontés à des opinions publiques hostiles, renâclent à renforcer leurs contingents.

La seule perspective du maintien de la présence du contingent italien a entraîné mercredi la mise en minorité du président du Conseil Romano Prodi devant le Sénat de Rome.

Tony Blair, qui doit quitter ses fonctions avant la fin de l'année, juge que la crédibilité future de l'OTAN se joue sur le théâtre d'opérations afghan.

Les talibans présentent eux aussi leur grande offensive du printemps comme décisive en prédisant que l'année 2007 sera «la plus meurtrière pour les forces étrangères» depuis 2001.

«Ce n'est pas simplement une menace, nous le prouverons», a déclaré hier à Reuters le mollah Dadoullah, un des chefs militaires des anciens «étudiants en religion», contacté par téléphone satellitaire.

«Les préparatifs de guerre des talibans se poursuivent dans les grottes et les montagnes. Nos six milliers de combattants sont prêts à attaquer les troupes étrangères dès que le temps changera et qu'il fera plus chaud», a-t-il assuré.

Dadoullah a précisé que les talibans avaient été approvisionnés en armes nouvelles — sans dire par qui — et qu'ils étaient désormais en mesure d'abattre les hélicoptères auxquels l'OTAN est contraint de faire appel en appui des troupes au sol en terrain montagneux.

Les insurgés islamistes ont revendiqué ce mois-ci la destruction d'un appareil de type Chinook à double rotor dont la chute, officiellement accidentelle, a fait huit morts et quatorze blessés dans les rangs américains.

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