La famille d'Ingrid Betancourt critique Chirac et Uribe

Yolanda Pulecio, la mère de l’otage Ingrid Betancourt, a rencontré des étudiants à Bogotá.
Photo: Agence Reuters Yolanda Pulecio, la mère de l’otage Ingrid Betancourt, a rencontré des étudiants à Bogotá.

Paris — La famille et les comités de soutien d'Ingrid Betancourt ont multiplié les initiatives en France pour marquer hier le 5e anniversaire de l'enlèvement de l'otage franco-colombienne alors que, face aux critiques, Paris assurait faire son possible pour parvenir à une libération.

Au cours d'une conférence de presse à Paris, les deux enfants et l'ex-mari d'Ingrid Betancourt ont dénoncé l'inaction du gouvernement français et l'attitude du président Alvaro Uribe face à la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

«Au bout de cinq ans, on se rend compte qu'on a ressenti en France une grande compassion mais qu'il n'y a pas eu de volonté politique», a déploré Mélanie Delloye, la fille de l'otage âgée de 21 ans.

Avec son frère Lorenzo, elle a vivement dénoncé la volonté du président colombien de recourir à la force, «alors qu'il sait pertinemment qu'une opération militaire ne peut finir que dans un bain de sang», et reproché au gouvernement français de se laisser «marcher sur les pieds» par M. Uribe.

«Pourquoi, sachant que le Congrès américain est devenu démocrate, est-ce que le gouvernement français ne s'est pas dirigé vers les États-Unis, sachant qu'il y a [en Colombie] trois otages qui sont Américains?», a demandé Lorenzo, 18 ans.

«Nous avons un dialogue régulier avec les Américains sur ce sujet», s'est défendu un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Denis Simonneau. Il a ajouté que les moyens dont disposait Paris pour tenter de localiser les otages en Colombie avaient déjà été mis en oeuvre.

Les FARC, qui comptent 17 000 hommes, détiennent quelque 3000 otages, dont 57 «politiques». En échange de la libération de ces derniers, la guérilla demande que le gouvernement relâche environ 400 de ses hommes.

L'ex-mari d'Ingrid Betancourt, Fabrice Delloye, a qualifié Alvaro Uribe de «férocement dangereux». «Le président Uribe a l'habitude de raconter tout et son contraire», a-t-il dit. S'en prenant aussi aux Forces armées révolutionnaires de Colombie, il a ajouté: «Nous sommes entre deux monstruosités.»

Mélanie Delloye a renouvelé son appel aux candidats à l'élection présidentielle française d'avril-mai: «Vous aurez demain le destin de tous les Français entre vos mains. Vous devrez n'en oublier aucun.»

La famille a notamment reçu le soutien des deux favoris, Ségolène Royal à gauche et Nicolas Sarkozy à droite.

Après la conférence de presse, un rassemblement de soutien s'est tenu place Saint-Michel, dans le quartier latin à Paris.

Dans l'après-midi, la place de Colombie, dans le 16e arrondissement de la capitale, a été symboliquement rebaptisée «Place pour la libération d'Ingrid Betancourt», à l'initiative d'un collectif d'artistes et d'écrivains.

Dans une lettre à la mère d'Ingrid, Yolanda Pulecio, le président Jacques Chirac a assuré de son côté que la France faisait «tout ce qui est possible pour hâter la fin de cette épreuve».

De son côté, Mme Pulecio lui a demandé «de faire en sorte que la France d'après-mai poursuive» la mobilisation pour obtenir la libération de sa fille.

La dernière preuve de vie de l'otage franco-colombienne, ex-candidate des verts à l'élection présidentielle en Colombie, remonte à une vidéo tournée en mai 2003 et diffusée en août de la même année. «Est-elle vivante? Nous ne le savons pas», a dit hier Fabrice Delloye.

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