Début de la fin de l'alliance américano-britannique ? - Blair réduit le contingent britannique en Irak

Un soldat britannique patrouillait hier à Bassora au moment de l’annonce de Tony Blair.
Photo: Agence Reuters Un soldat britannique patrouillait hier à Bassora au moment de l’annonce de Tony Blair.

Début de la fin de l'alliance américano-britannique en Irak? En net contraste avec la décision de Washington d'augmenter les troupes américaines à Bagdad, le premier ministre Tony Blair a annoncé hier au Parlement le retrait de 1600 soldats britanniques «dans les prochains mois» du sud de l'Irak, clamant que «le prochain chapitre dans l'histoire de Bassora sera écrit par les Irakiens».

M. Blair a cependant coupé court aux conjectures voulant que l'ensemble des 7100 Britanniques rentreront chez eux d'ici la fin de 2008, déclarant que la présence militaire britannique sera maintenue l'année prochaine «et aussi longtemps [...] qu'il y aura une mission à remplir».

Maints analystes n'en pensent pas moins qu'on assiste à un début de rupture du front commun qui liait, envers et contre tous, Américains et Britanniques depuis le début de la guerre d'Irak, en mars 2003. «Une sorte de rupture informelle», affirme le politologue québécois Louis Balthazar.

Difficile, en outre, de ne pas penser que M. Blair, qui doit prendre sa retraite d'ici la fin de l'été après avoir passé presque dix ans au 10 Downing Street, cherche à restaurer son héritage politique, mis à mal par l'appui indéfectible qu'il a donné au président américain, George W. Bush, sur la question irakienne.

La Grande-Bretagne va réduire son contingent de 7100 à 5500 soldats, dans un premier temps, et de 500 militaires supplémentaires d'ici la fin de l'été. En parallèle, le Danemark a annoncé hier le retrait en août de ses troupes (460 soldats) déployées dans la région de Bassora, où elles opèrent sous commandement britannique.

La nouvelle du retrait britannique n'était pas inattendue. Depuis trois mois, les chefs de l'armée pressaient le gouvernement de hâter la réduction des effectifs, estimant que la présence des soldats dans les rues était de plus en plus inutile et provocatrice. De fait, le rythme du retrait annoncé par M. Blair est plus lent que ne le souhaitaient plusieurs généraux.

Sur le terrain, la situation est incomparablement meilleure à Bassora qu'à Bagdad, aux prises avec une «orgie de violence», a affirmé M. Blair. Ce dernier a fait valoir que la violence, surtout le fait de l'Armée du Mehdi, la puissante milice chiite, avait considérablement diminué. S'il y a toujours de la violence à Bassora, disent de leur côté les chefs militaires, elle atteint un «niveau acceptable» et les forces irakiennes sont aujourd'hui suffisamment bien formées pour y faire face.

La fin de semaine dernière, M. Blair laissait déjà poindre ses intentions en déclarant que l'«opération Sinbad», destinée à purger les rangs de la police des milices qui l'ont infiltrée et à préparer les forces de l'ordre irakiennes à prendre des mains britanniques la relève au chapitre du contrôle de la sécurité à Bassora, avait été «complétée avec succès».

Sous le plan de retrait, les troupes britanniques restantes seront pour l'essentiel regroupées à l'aéroport de la ville, d'où elles rempliront des fonctions de soutien, d'entraînement et de surveillance de la frontière iranienne, par laquelle passent des armes en trafic.

La Maison-Blanche cherchait hier à présenter la décision britannique comme une preuve de succès. «J'y vois le signe que, dans certaines parties de l'Irak [...], la situation est plutôt bonne», a déclaré, depuis le Japon, le vice-président Dick Cheney.

Des hypothèses veulent toutefois que Londres ait accepté, sous pressions américaines, de ralentir le processus de désengagement. Washington craint notamment que la décision britannique ne provoque un effet domino auprès d'autres membres de la coalition, comme la Corée du Sud (2300 soldats) et la Pologne (900).

Signe de succès ou signe de défaite? Il ne fait aucun doute, selon M. Balthazar, que ce retrait fait mal paraître M. Bush. «C'est une nouvelle illustration de l'état d'isolement croissant dans lequel se trouve le président américain», dit ce spécialiste.

L'annonce de M. Blair «est un aveu de défaite qui ne dit pas son nom», écrivait hier un commentateur, Martin Kettle, dans les pages du Guardian de Londres. Et sa déclaration parlementaire était «un service commémoratif pour une politique tragique» où le premier ministre était «dans l'étrange position d'avoir à prononcer sa propre oraison funèbre».

Pour le leader libéral démocrate, sir Menzies Campbell, la «désagréable vérité» est que le Royaume-Uni laisse derrière lui un Irak au bord de la guerre civile, grevé par la corruption et incapable d'amorcer sa reconstruction. «On est loin du phare de la démocratie au Proche-Orient, promis il y a quatre ans.»

À voir en vidéo