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Controverse posthume autour de Maurice Papon

Maurice Papon, en mars 1998.
Photo: Agence France-Presse (photo) Maurice Papon, en mars 1998.

Paris/Bordeaux — L'avocat de Maurice Papon a déclenché un début de polémique hier en disant vouloir faire enterrer son client avec la Légion d'honneur dont il avait été déchu après avoir été condamné pour son rôle dans la déportation des Juifs sous l'Occupation.

Le Parti socialiste a fait connaître son opposition à une telle démarche, de même que le député UMP Bernard Accoyer, tandis que la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie exprimait une position en demi-teinte et que Jean-Marie Le Pen se déclarait favorable à une telle requête.

Maurice Papon a succombé samedi à 96 ans d'un arrêt cardiaque dans une clinique de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), où il était en convalescence depuis mardi. Il avait été libéré pour raisons de santé en septembre 2002 après trois ans de détention. Il vivait depuis chez lui, à Gretz-Armainvilliers.

L'avocat de Maurice Papon, Francis Vuillemin, a annoncé qu'il veillerait «personnellement» à ce que son client, condamné en 1998 pour complicité de crime contre l'humanité, soit enterré avec la croix de commandeur de la Légion d'honneur que lui avait remise le général de Gaulle.

Maurice Papon avait été exclu de l'Ordre de la Légion d'honneur en novembre 1999 après sa condamnation. Il avait été une nouvelle fois condamné en 2004 à 2500 euros d'amende pour port illégal de cette décoration. «Le Parti socialiste considère qu'inhumer Maurice Papon avec ses insignes de commandeur de la Légion d'honneur serait un geste blessant et déplacé à l'égard des victimes et familles de victimes de la déportation», déclare le Parti socialiste (PS) dans un communiqué.

Pour le PS, «un tel geste ne viserait qu'à offrir à Maurice Papon une forme de réhabilitation posthume, voire de négation des faits graves et indignes dont il a été reconnu coupable».

Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, interrogé sur Radio J, est allé dans le même sens. «Il est donc tout à fait choquant, d'une part, parce que la justice s'est prononcée et, d'autre part, compte tenu de ce qui est reproché — et qui est toujours aussi inqualifiable — à Maurice Papon, que son avocat annonce cette intention», a déclaré Bernard Accoyer. Il a laissé entendre que le président de la République, Jacques Chirac devait intervenir officiellement pour empêcher la chose.

Il n'a pas voulu dire si les autorités devaient aller jusqu'à l'interdiction de l'inhumation avec les insignes par la force. «Je ne doute pas que tout sera fait pour que l'honneur de cet ordre soit respecté», a-t-il simplement déclaré.

Michèle Alliot-Marie a estimé hier que Maurice Papon n'était plus commandeur de la Légion d'honneur, sans pour autant demander un contrôle visant à éviter qu'il soit enterré avec cette distinction. «Tout ceci me met assez mal à l'aise, a déclaré la ministre de la Défense interrogée sur Europe 1. «Je considère que la mort, c'est une question vraiment privée. Ce type de polémique ne me paraît pas satisfaisant.»

Jean-Marie Le Pen s'est montré plutôt favorable à la requête de l'avocat de Maurice Papon. «Il me paraît que les décorations qu'on a gagnées, qu'on a méritées, je ne vois pas ce qui pourrait vous empêcher, surtout quand on est mort... Ce serait un geste vraiment petit, vraiment bas que d'empêcher la famille de Maurice Papon de lui rendre ce dernier hommage», a déclaré le président du Front national sur RTL et LCI.

L'affaire Papon a marqué la fin du processus engagé par la publication en France en 1972 du livre de l'historien américain Robert Paxton, La France de Vichy. L'historien y établit que la collaboration du régime de Vichy avec les nazis, notamment pour la déportation des Juifs, ne s'était pas faite sous la contrainte, mais à la demande de l'État français et avec l'aide de son administration.

Environ 75 000 Juifs français ont été déportés pendant la Seconde Guerre mondiale. Seuls 2500 sont revenus des camps d'extermination. Maurice Papon, poursuivi pour avoir fait déporter 1690 d'entre eux, a incarné à son corps défendant l'implication de l'administration française dans le génocide des Juifs.

Nommé préfet de police de Paris en 1958, il fut aussi la cause de la mort de nombreux Algériens en faisant réprimer violemment une grande manifestation des Algériens le 17 octobre 1961. Il est également accusé d'être responsable de la mort de neuf personnes lors d'une manifestation anti-OAS au métro Charonne le 8 février 1962.