José Bové prêt à se lancer dans la course à la présidence

Paris — Le leader altermondialiste français José Bové a fait un grand pas vers une candidature à l'élection présidentielle en déclarant hier qu'il l'annoncerait officiellement le 1er février. Il deviendrait le cinquième représentant de la gauche anti-libérale à briguer la magistrature suprême.

«J'annoncerai ma candidature le 1er février», a-t-il déclaré à Montreuil, en banlieue parisienne, devant les membres des collectifs unitaires anti-libéraux, créés dans la foulée de la victoire du non au référendum de mai 2005 en France sur le traité constitutionnel européen. «On est dans la résistance au monde libéral, à la marchandisation de la planète», mais «le pari qu'on fait, c'est qu'on peut amener la résistance au pouvoir», a déclaré l'ancien syndicaliste paysan, âgé de 53 ans.

Le leader altermondialiste s'est donné un délai avant une annonce officielle pour évaluer la «dynamique» provoquée par cette initiative, avec un instrument de mesure principal: le nombre de signatures que va obtenir une pétition l'appelant à être candidat.

Selon les responsables de la pétition, quelque 25 000 signatures ont été recueillies à ce jour alors que José Bové en avait espéré 10 000 avant le week-end. «Les choses se mettent en route, tranquillement, on verra le 1er février», a-t-il dit. Mais d'ores et déjà, il a manifesté son «envie» de partir en campagne, assurant avoir «un picotement dans le ventre».

«On est déjà en train de construire cette campagne», a-t-il souligné hier, demandant que les militants anti-libéraux qui le soutiennent aillent d'ores et déjà à la recherche des parrainages, «qui vont matérialiser de façon concrète qu'on ira jusqu'au bout».

Les candidats à la présidentielle ont besoin de 500 parrainages d'élus locaux ou régionaux pour participer à la campagne électorale.

Quatre autres candidats entendent déjà parler au nom des anti-libéraux en France: la communiste Marie-George Buffet et trois trotskistes, Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire), Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) et Gérard Schivardi (Parti des travailleurs). Les alter-mondialistes présents à Montreuil ont appelé Mme Buffet et M. Besancenot à «renoncer à des candidatures séparées».

Il y a quelques jours, M. Bové avait appelé ces candidats à mettre au point une campagne «unitaire». Les deux ont refusé et hier, le Parti communiste a estimé qu'une candidature de José Bové ne ferait qu'ajouter «de la division et de la confusion».

Convaincu qu'il existe «une dynamique pour créer un élan collectif», le fondateur du syndicat Confédération paysanne a laissé entendre que sans un vrai mouvement en sa faveur, il pourrait jeter l'éponge avant le premier tour de scrutin prévu fin avril. Un bilan de la campagne sera fait «toutes les semaines, pour savoir si on continue ou si on ne continue pas», a-t-il dit.

José Bové, moustache et pipe vissée à la bouche, est l'un des principaux apôtres en France de la «désobéissance civique», qu'il met régulièrement en pratique dans son combat contre les organismes génétiquement modifiés (OGM).

Il a purgé en 2002 et 2003 des peines de prison pour le démontage d'un McDonald et un arrachage de riz OGM, et participe régulièrement à des manifestations anti-OGM en France.

Porte-étendard en France de l'altermondialisme, il s'est manifesté lors du sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle en 1999 ou du G8 à Gênes en 2001. Il a également soutenu les zapatistes du Chiapas (Mexique), les paysans palestiniens et a participé aux forums sociaux de Porto Alegre (Brésil). Il était au premier rang de la campagne du «non de gauche» à la constitution européenne.