Le processus de paix est enterré - Madrid attend la réaction de l'ETA

Madrid — Le gouvernement espagnol attendait hier la réaction de l'ETA, après avoir officiellement enterré le processus de paix engagé avec l'organisation indépendantiste basque armée, à la suite de son premier attentat mortel depuis 2003, perpétré samedi à l'aéroport de Madrid.

Les pompiers ont découvert hier en fin d'après-midi les restes d'un des deux Équatoriens portés disparus depuis l'attentat, Carlos Alonso Palate, a indiqué le ministère de l'Intérieur. Cet immigré devient ainsi officiellement la première personne tuée par l'ETA depuis trois ans et demi.

Depuis samedi, plusieurs responsables de Batasuna, le bras politique de l'ETA, ont insisté sur le fait que, selon eux, le processus de paix n'était pas rompu et que l'ETA n'avait pas mis fin officiellement à sa trêve.

Xabier Larralde, membre du bureau national de Batasuna, a réaffirmé que «le processus de paix n'est pas rompu», lors d'une conférence de presse à Bayonne (France), en écho aux propos tenus le soir de l'attentat par le porte-parole emblématique de Batasuna, Arnaldo Otegi.

Autre membre de la direction de Batasuna, Joseba Alvarez a reconnu pour sa part que l'attentat «ne facilitait pas le processus» de paix.

«Jusqu'en décembre, nous disions que la situation n'était pas favorable, mais de là à ce que soit commis un attentat comme celui de Madrid, je crois que personne ne s'y attendait», a-t-il déclaré sur une radio basque.

Pernando Barrena, autre dirigeant de Batasuna, a souligné qu'il n'y avait «aucune certitude que le cessez-le-feu soit rompu» étant donné l'absence de communication du groupe armé.

Le gouvernement socialiste espagnol a décrété, officiellement mardi, la fin du processus de paix lancé il y a neuf mois.

Le ministre espagnol de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, a qualifié le processus de paix, engagé à la suite du cessez-le-feu de l'ETA du 22 mars, de rompu, liquidé, terminé.

M. Rubalcaba a appelé hier Batasuna, parti illégal en Espagne en raison de ses liens avec ETA, à condamner l'attentat.

Le chef de l'opposition conservatrice espagnole, Mariano Rajoy, a réclamé de son côté une explication solennelle du chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, devant le parlement.

Parallèlement, la presse espagnole spéculait sur de possibles dissensions au sein de l'organisation armée. Le quotidien El País, citant des sources antiterroristes, a affirmé que le chef de l'ETA, Josu Ternera, avait vu ses pouvoirs limités en août par la direction collégiale du groupe armé en raison de l'absence d'avancée dans les négociations.