Madrid signe l'arrêt de mort du processus de paix avec l'ETA

Dès dimanche, des voix se sont élevées pour demander la fin des négociations avec l’ETA.
Photo: Agence Reuters Dès dimanche, des voix se sont élevées pour demander la fin des négociations avec l’ETA.

Madrid — Le gouvernement socialiste espagnol a signé hier l'arrêt de mort officiel du processus de paix lancé il y a neuf mois avec l'ETA, en réponse à la forte pression de la droite qui lui demandait de mettre définitivement fin au dialogue.

Le processus est «rompu, liquidé, terminé», a déclaré le ministre de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, trois jours après l'attentat perpétré à l'aéroport de Madrid par les indépendantistes basques.

Si la droite «veut que l'on dise que le processus est rompu, évidemment qu'il est rompu, qu'il est liquidé, évidemment qu'il est liquidé, qu'il est terminé, évidemment qu'il est terminé», a tranché M. Rubalcaba, lors d'une conférence de presse.

«L'ETA a été celle qui a rompu, liquidé, terminé le processus de paix», a ajouté le ministre, alors que l'opposition conservatrice sommait Madrid de jurer qu'elle ne négocierait plus avec l'organisation indépendantiste basque.

Le ministre de l'Intérieur a officiellement prononcé la rupture d'une tentative historique d'issue négociée et pacifique à 38 ans de campagne terroriste de l'ETA pour l'indépendance du Pays basque et leur lourd bilan de quelque 850 morts.

Cette tentative, lancée après l'annonce le 22 mars dernier par l'ETA d'un «cessez-le-feu permanent», avait suscité un immense espoir en Espagne et au Pays basque espagnol, las des violences.

Le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, avait fait du règlement pacifique de la question basque la priorité absolue de son mandat. Il a finalement échoué dans son pari, comme avant lui le socialiste Felipe Gonzalez et le conservateur José Maria Aznar, qui avaient eux aussi tenté de négocier avec l'ETA lors de ses précédentes trêves, en 1989 et 1999.

Revers

Cet échec constitue un lourd revers pour M. Zapatero, qui conduisait personnellement, avec une équipe très restreinte de personnes de confiance, ce délicat processus qui, martelait-il, serait «dur, long et difficile».

Pendant neuf mois, il a dû composer avec l'opposition farouche de la droite et d'importants secteurs des victimes du terrorisme, qui l'accusaient d'être prêt à brader la paix en cédant aux exigences politiques des indépendantistes touchant le droit à l'autodétermination du Pays basque.

Mais c'est l'intransigeance de l'ETA qui a finalement fait voler en éclats un processus qui s'enlisait dangereusement depuis l'automne, organisant une puissante explosion à la camionnette piégée dans le stationnement du terminal 4 de l'aéroport de Madrid-Barajas.

Les pompiers y recherchaient toujours hier parmi des milliers de tonnes de gravats deux Équatoriens portés disparus, avec un espoir quasi nul de les retrouver en vie. L'ETA n'avait plus tué depuis mai 2003. L'attentat a également fait 19 blessés. M. Rubalcaba a confirmé qu'il se réunirait hier et aujourd'hui avec chacun des chefs des groupes parlementaires pour tenter d'élaborer une «stratégie commune» par rapport à la nouvelle donne, en commençant par celui du Parti populaire (PP).

La droite avait fortement accentué hier sa pression sur M. Zapatero pour qu'il aille au-delà de la «suspension» du processus qu'il avait annoncée samedi, en le déclarant définitivement rompu.

Le secrétaire à la communication du Parti populaire (PP, droite), Gabriel Elorriaga, avait dénoncé «l'erreur absolue» du chef du gouvernement, l'accusant de maintenir «son invitation à la négociation» avec l'ETA.

Le secrétaire aux libertés publiques du PP, Ignacio Astarloa, avait ensuite «exigé» que M. Zapatero fasse «une déclaration formelle de rupture» avec l'ETA.

Le chef de l'opposition, Mariano Rajoy, avait lancé dimanche la première salve, affirmant que la seule réponse à l'attentat de Madrid devait être: «Je romps avec l'ETA, j'applique la loi avec tous les partis et tous les Espagnols, et je vais livrer cette bataille.»

Le procureur général de l'État, Candido Conde-Pumpido, a promis une réponse judiciaire «énergique et tranchante» à l'attentat. «Ses auteurs seront interpellés, accusés et condamnés», a-t-il assuré au quotidien El Mundo.