Russie - Des journalistes dénoncent la mort violente de plus de 200 de leurs collègues

Des journalistes ont allumé des bougies hier à la mémoire de leurs collègues disparus.
Photo: Agence Reuters Des journalistes ont allumé des bougies hier à la mémoire de leurs collègues disparus.

Moscou — Des journalistes russes ont allumé hier des bougies et lu une liste des noms de plus de 200 de leurs collègues ayant connu une mort violente depuis la chute de l'Union soviétique, un rassemblement marqué du sceau d'une condamnation unanime du gouvernement de Vladimir Poutine.

Brandissant des portraits de journalistes assassinés, tels qu'Anna Politkovskaïa et Paul Klebnikov, deux des 211 reporters tués en Russie ces quinze dernières années, ils ont accusé les autorités de ne pas faire assez pour retrouver les coupables.

Quelque 250 personnes, profitant d'une météo inhabituellement clémente en cette saison dans la capitale russe, s'étaient rassemblées sur une place du centre-ville, sous la statue d'Alexandre Pouchkine, en présence de centaines de policiers.

«Quand des journalistes sont tués et que les autorités ne trouvent pas leurs assassins, cela signifie que les autorités ne veulent pas que les gens sachent la vérité», a déclaré Alexeï Iablokov, un universitaire. «Un tel pays ne va nulle part, n'a aucun avenir et tend vers le fascisme. Voilà pourquoi je suis ici: je ne veux pas que ma Russie devienne un pays fasciste.»

Sur une pancarte, on pouvait lire cette question: «Qui a ordonné le meurtre d'Anna Politkovskaïa?» Cette journaliste d'investigation, connue pour son opposition à la politique russe en Tchétchénie, a été assassinée le 7 octobre dans son immeuble à Moscou. «Anna Politkovskaïa, conscience du pays», proclamait une banderole. Selon l'Union russe des journalistes, 211 d'entre eux ont connu une mort violente dans le pays depuis 1992. Parmi eux, 109 sont morts quand le président Boris Eltsine était au pouvoir, et 102 sous Poutine, au pouvoir depuis six ans. Certains ont péri dans des accidents de voiture, mais la plupart ont été assassinés.

«Poutine est personnellement responsable du chaos total à la faveur duquel des centaines de journalistes ont été tués», a déclaré Ernest Tchorni, un militant des droits de l'homme, à Reuters.

Il tenait à la main une photo de Klebnikov, rédacteur en chef de l'édition russe du magazine Forbes, abattu dans le centre de Moscou en juillet 2004. Ses assassins n'ont pas encore été traduits en justice.

Les participants n'ont pas été autorisés à se rendre à pied au point de rassemblement et la forte présence policière semblait traduire la crainte des autorités de voir l'événement tourner à la manifestation anti-Kremlin.

De la même façon, samedi, des policiers en tenue anti-émeutes ont été déployés pour encadrer une manifestation à laquelle ne participaient que quelques centaines de personnes. Ce type de dispositif est généralement réservé à des menaces graves contre la sécurité.

Par contraste, hier, une organisation de jeunesse favorable au Kremlin, Nachi, avait organisé à Moscou une manifestation en l'honneur des anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale. Quelque 50 000 militants de Nachi, qui se disent favorables à Poutine, se sont déguisés en pères Noël pour distribuer cadeaux et fleurs à des anciens combattants.