UE: la Constitution avant l'élargissement

Bruxelles — Après avoir approuvé le gel partiel des négociations avec la Turquie, les dirigeants européens ont assuré hier que la porte reste «ouverte» pour Ankara et d'autres pays tant qu'ils remplissent les critères d'adhésion. Pour leur dernier sommet à Vingt-Cinq avant l'arrivée de la Bulgarie et de la Roumanie au 1er janvier, ils ont également relancé le débat sur l'avenir de la Constitution, rejetée l'an dernier par les Français et les Néerlandais.

Au deuxième et dernier jour du conseil, les chefs d'État et de gouvernement ont jugé nécessaire de doter l'Union européenne d'une constitution avant tout élargissement futur mais sont apparus divisés sur la manière de procéder.

«Nous soutenons le traité constitutionnel: il rendra l'Europe plus efficace pour traiter les questions auxquelles nous faisons face», a plaidé le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, ardent défenseur du texte.

Le premier ministre luxembourgois Jean-Claude Juncker avait annoncé jeudi que le Luxembourg et l'Espagne organiseraient une conférence des «amis de la Constitution» à Madrid à la mi-janvier, réunissant les 18 pays qui ont ratifié le texte.

Le premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende a laissé entendre que cette initiative constituait un affront pour son pays et la France, qui ont dit non au texte lors de référendums. «Le traité sous sa forme actuelle est inacceptable», a-t-il affirmé.

De son côté, le président français Jacques Chirac a estimé que le bon fonctionnement des institutions n'était pas garanti avec le système actuel et qu'il fallait l'améliorer sans s'opposer aux opinions publiques qui se sont exprimées.

L'Allemagne, qui va succéder à la Finlande à la présidence de l'UE au 1er janvier, a souligné que la relance de la Constitution serait une de ses priorités. La chancelière Angela Merkel a dit espérer qu'une constitution soit en place d'ici fin 2008.

Les dirigeants européens ont confirmé jeudi le gel partiel des négociations d'adhésion avec la Turquie en raison de son refus d'ouvrir ses ports et ses aéroports à la partie grecque de Chypre, membre de l'UE. La suspension, décidée lundi par les chefs de la diplomatie des Vingt-Cinq, concerne huit des 35 chapitres des négociations d'adhésion relatifs aux transports et au commerce.

Le premier ministre letton Aigars Kalvitis y voit un «signal». Si la Turquie et d'autre candidats potentiels comme l'Albanie, la Bosnie, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie veulent rejoindre l'Union, «l'Europe leur est ouverte, mais [...] il est nécessaire de respecter tous les critères» d'adhésion, a-t-il souligné.

Alors que l'UE comptera 27 membres à partir de janvier, beaucoup en Europe se demandent toutefois s'il ne convient pas de marquer au moins une pause dans le processus d'élargissement.

Au cours du sommet, les dirigeants ont présenté une initiative de paix en cinq points pour le Proche-Orient, demandant un cessez-le-feu immédiat, la formation d'un gouvernement d'union palestinien, des pourparlers entre Israël et les Palestiniens ainsi qu'une mission internationale pour contrôler le cessez-le-feu. Ils ont également appelé la Syrie à respecter la démocratie au Liban.

Les Vingt-Cinq ont également fait part de leur «profonde préoccupation» à propos de la situation au Darfour et mis en garde le président iranien contre l'«impact négatif» de sa politique. Ils ont par ailleurs approuvé un projet de renforcement de la surveillance des côtes sud de l'Europe pour lutter contre l'afflux d'immigrés clandestins.