Victorieuse de la primaire socialiste - Ségolène Royal souligne son ancrage à gauche

Paris — Victorieuse sans coup férir de la primaire socialiste, Ségolène Royal a appelé hier au rassemblement en se lançant à la conquête de la présidence avec des chances sérieuses de devenir, en 2007, la première femme chef d'État en France.

Dans son premier discours de candidate officielle, prononcé d'un ton solennel depuis son fief de Melle (ouest), Mme Royal a assuré mesurer «l'immense responsabilité» que lui ont confiée les socialistes en la plébiscitant pour le scrutin d'avril-mai avec 60,64 % des voix.

Souriante, en tailleur blanc, Mme Royal a appelé à la mobilisation et au rassemblement de tous, promettant d'agir pour aider la France à se réformer et à «se redresser».

«Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays», a lancé Mme Royal, reprenant une phrase célèbre du président américain John F. Kennedy.

Mais elle a aussi souligné son ancrage à gauche pour refuser les inégalités ou s'opposer au «vent mauvais d'un libéralisme sans foi ni loi».

Plusieurs dizaines de journalistes étrangers, notamment japonais, coréens, américains, allemands et turcs, se pressaient pour l'écouter dans la salle des fêtes de Melle, un bourg de 4000 habitants.

Ségolène Royal a rapidement obtenu le soutien de ses deux rivaux qu'elle a largement battus, l'ancien ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn (20,83 %) et l'ex-premier ministre Laurent Fabius (18,54 %). Son score permet à Mme Royal, 53 ans, d'aborder en position de force la course à la présidence qui devrait l'opposer au champion de la droite, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, 51 ans. Ce dernier a estimé que la victoire de Mme Royal traduisait «une aspiration forte [...] au renouvellement de la classe politique» et s'est «réjoui» à la perspective de débattre avec elle.

Un duel final Royal-Sarkozy — la première incarnant une forme de renouveau à gauche, le second prônant la «rupture», tous deux en tête des sondages — semblait de plus en plus inéluctable hier.

Des responsables de droite ont mis en garde leur camp contre le danger que représente Mme Royal et l'élan qu'elle suscite.

Le vote sans appel des militants en faveur de Mme Royal, que ses adversaires avaient accusée d'«inexpérience», voire de «populisme», a couronné sa fulgurante montée en puissance au sein du Parti socialiste, qu'elle n'a pas hésité à bousculer. Ces derniers mois, quelque 70 000 nouveaux adhérents ont afflué, la plupart attirés par l'aura de la favorite dans les sondages.

Cette mère de quatre enfants, compagne du chef du Parti socialiste François Hollande, a réussi à incarner une forme de renouveau en prônant l'avènement d'une «démocratie participative».

Elle se veut plus proche des gens dans un pays secoué par une série de crises, dont les émeutes d'il y a un an dans les banlieues. Le pays fait aussi face à une large fracture entre les élites et la classe politique après 12 ans de présidence de Jacques Chirac, 73 ans. Ségolène Royal a accordé une large place aux questions de société et à l'écologie tout en adoptant des positions parfois jugées proches de la droite par ses détracteurs en ce qui a trait à la sécurité et à l'immigration.

La candidate socialiste sera «une rivale dangereuse», a reconnu hier l'entourage de M. Sarkozy.

D'autant plus que le parti de M. Sarkozy, l'UMP, est agité par sa rivalité avec les chiraquiens, le premier ministre Dominique de Villepin et le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie n'ayant pas exclu de se présenter à la présidentielle.

L'entourage de M. Chirac laisse aussi planer l'incertitude sur l'éventualité d'une nouvelle candidature du président.