Le MI5 britannique parle d'une menace terroriste multiple

Londres — Le MI5 dénombre à l'heure actuelle une trentaine de projets d'attentats terroristes visant la Grande-Bretagne, dont certains prévoient le recours à des armes chimiques ou nucléaires, a rapporté hier le site Internet du service de contre-espionnage britannique. Citant une intervention de sa directrice, Eliza Manningham-Buller, jeudi soir devant un parterre d'invités à Londres, il précise que de jeunes musulmans britanniques suivent actuellement un entraînement de kamikazes.

Mme Manningham-Buller a précisé que le MI5 traquait au total quelque 1600 suspects, en majorité britanniques et la plupart du temps liés à la mouvance al-Qaïda au Pakistan, et que cette traque était la priorité du service. «Nous sommes au courant de nombreux projets visant à tuer des gens et nuire à notre économie. Ce que j'entends par "nombreux"? Cinq? Dix? Non: une trentaine dont nous sommes au courant», a dit Manningham-Buller.

La Grande-Bretagne a connu en juillet 2005 les attentats les plus meurtriers sur son sol en temps de paix quand quatre kamikazes se sont fait exploser dans les transports en commun de Londres, tuant 52 personnes.

Les autorités disent avoir déjoué depuis lors au moins cinq complots terroristes, dont un, en août, qui visait à faire sauter un avion de ligne au-dessus de l'Atlantique avec des explosifs liquides, ce qui a conduit à un renforcement des mesures de sécurité dans les aéroports. «Mes services et la police sont aux prises avec 200 groupes ou réseaux, ce qui représente 1600 individus identifiés impliqués dans des complots ou aidant des activités terroristes en Grande-Bretagne ou à l'étranger», a dit la responsable du MI5.

Mme Manningham-Buller a fait savoir que le nombre de dossiers suivis par les services de sécurité avait augmenté de 80 % depuis janvier. «Aujourd'hui, nous assistons à l'utilisation de bombes artisanales. Demain, la menace pourrait être les agents chimiques ou bactériologiques, les matières radioactives et même la technologie nucléaire», a-t-elle dit.

Elle a estimé évident que les kamikazes étaient motivés par «leur interprétation de la politique étrangère britannique, perçue comme antimusulmane, notamment l'implication britannique en Irak et en Afghanistan». Mais elle a souligné que la Grande-Bretagne n'était pas seule à être visée et que la «nouvelle menace terroriste» concernait aussi des pays comme l'Espagne, la France, l'Allemagne et le Canada.

Le chef de la commission islamique des droits de l'homme en Grande-Bretagne, Massoud Shadjareh, a reconnu la réalité de la menace mais a mis en garde contre toute «paranoïa». Il a souligné que sur 1000 personnes arrêtées aux termes de la législation antiterroriste, 27 seulement avaient été inculpées et huit seulement étaient de confession musulmane.