Markus Wolf, chef de la Stasi - Le super-espion est-allemand est décédé

Markus Wolf en septembre 1995.
Photo: Agence Reuters Markus Wolf en septembre 1995.

Berlin — Markus Wolf, un des plus célèbres espions de l'ancienne Allemagne de l'Est, dont les agissements lui ont valu le surnom d'«homme sans visage», est décédé paisiblement dans son sommeil hier à l'âge de 83 ans.

Durant ses 34 années passées au sein des services d'espionnage, Wolf avait gravi les échelons de la Stasi, la police secrète de l'ancien régime communiste est-allemand, pour finir par en diriger la prestigieuse division du renseignement extérieur, avec sous ses ordres un réseau de 4000 espions.

Il fut l'instigateur de certaines des opérations les plus audacieuses de la guerre froide. Il réussit notamment à placer un agent dans le cercle rapproché du chancelier ouest-allemand Willy Brandt. Lorsque cet agent fut démasqué, en 1974, le scandale entraîna la chute de Brandt.

Après la chute du Mur, en 1989, Wolf s'enfuit en Union soviétique, où il resta jusqu'à l'effondrement du régime communiste, en 1991. Remis à ses anciens ennemis occidentaux, il fut poursuivi pour trahison en Allemagne en 1993 et condamné à six ans de prison, peine par la suite suspendue.

«Je ne peux pas dire que je suis fier de ce que j'ai fait, je ne le suis pas», déclarait-il en 1997. «Mais je ne pense pas avoir vécu pour rien.»

Dans ses mémoires, il juge que s'il devait laisser une trace dans l'histoire de l'espionnage, ce serait pour l'utilisation maîtrisée du sexe comme technique d'extorsion d'informations, en allusion aux «don Juan» déployés en Occident pour arracher des secrets aux services adverses.

Né le 19 janvier 1923, Markus Wolf avait fui le régime nazi avec sa famille en 1934 et s'était installé en Russie. Son père Friedrich, de confession juive, était médecin, dramaturge et communiste.

Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Markus Wolf était revenu en Allemagne de l'Est, où il avait participé à la création des services secrets est-allemands.

Durant ses années au sein de la Stasi, sa route a notamment croisé celle d'Illitch Ramirez Sanchez, plus connu sous le nom de Carlos, emprisonné en France pour terrorisme.

La Stasi participait alors à la formation et au soutien des groupes terroristes et, dans son autobiographie baptisée L'Homme sans visage, Wolf présente Carlos comme le «client le plus difficile» de la Stasi.

Sa condamnation pour trahison fut suspendue en 1995 par un tribunal allemand au motif que ses activités étaient légales dans l'ancienne Allemagne de l'Est. Il l'avait lui-même qualifiée de «justice du vainqueur» alors que les services occidentaux étaient aussi engagés dans le même type d'opérations pendant la guerre froide.

Markus Wolf n'est plus guère apparu en public par la suite et accordait rarement d'entrevues. Il était resté membre non actif du Parti du socialisme démocratique, fondé sur les ruines du Parti communiste est-allemand. En 2000, il n'avait pas assisté aux funérailles d'Erich Mielke, le chef honni de la Stasi.

Même si l'écrivain John Le Carré dément s'être inspiré de Markus Wolf pour ses ouvrages, une image romancée de l'ancien maître espion de la RDA s'est progressivement imposée en Occident.

«J'ai observé avec une certaine consternation l'idéalisation de Markus Wolf depuis la fin de la guerre froide comme un intellectuel fascinant et un communiste réformateur», regrette Timothy Garton Ash, professeur à l'université d'Oxford.

«La vérité, c'est qu'il était pleinement impliqué dans un des pires appareils de répression de l'Europe d'après-guerre», a déclaré Ash. Cet universitaire raconte dans un de ses livres comment il a découvert après la chute du mur de Berlin le dossier que la Stasi avait constitué sur lui.