Réunion ministérielle sur l'immigration en Europe - Sarkozy propose de serrer la vis contre les clandestins

Le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a prôné hier, lors d’une conférence à Madrid, une politique plus ferme à l’égard des immigrants illégaux.
Photo: Agence Reuters Le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a prôné hier, lors d’une conférence à Madrid, une politique plus ferme à l’égard des immigrants illégaux.

Madrid — Le ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a appelé hier l'Union européenne à interdire toute régularisation massive d'immigrants clandestins lors d'une réunion à Madrid des ministres des huit pays méditerranéens de l'UE (Chypre, Espagne, France, Grèce, Italie, Malte, Portugal et Slovénie).

M. Sarkozy a une nouvelle fois critiqué l'Espagne pour avoir régularisé près de 600 000 clandestins l'an dernier. Il a estimé que cela revenait à leur ouvrir la porte de l'ensemble des pays de l'UE et que c'était de nature à encourager l'immigration illégale.

«La conviction qui est la nôtre, c'est que la crise aiguë que connaît l'Europe n'en est qu'à son démarrage», a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion. Si les dirigeants européens n'agissent pas, a-t-il averti, «nous verrons dans nos démocraties monter des sentiments de xénophobie que plus personne ne pourra contrôler».

Nicolas Sarkozy s'est défendu de vouloir donner des leçons à l'Espagne «pour une raison»: «Je n'aime pas en recevoir.» Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, en réponse aux critiques de sa politique de l'immigration, avait jugé mercredi que Madrid «n'a pas à tenir compte de ce que dit le ministre français de l'Intérieur après ce que nous avons vu dans les banlieues de Paris».

La réunion de quatre heures, qui a rassemblé des ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur ou des délégations de rang inférieur des huit pays, s'est déroulée à huis clos, à l'exception des discours d'ouverture et de clôture. Aucune décision n'a été annoncée.

M. Sarkozy a affirmé que ses propositions pour une politique d'asile commune et l'interdiction des régularisations massives avaient été bien accueillies, malgré la controverse sur ce dossier entre le ministre français et Madrid.

L'immigration illégale est un problème qui concerne l'ensemble de l'Union européenne, a souligné le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Ángel Moratinos. «Nous ne parlons pas de la frontière maritime espagnole, a-t-il souligné à l'ouverture de la réunion, mais plutôt de la frontière extérieure de l'Europe.»

La réunion survenait alors que l'Espagne fait face à un afflux de clandestins. Plus de 24 000 Africains qui tentaient de gagner l'archipel espagnol des Canaries ou les côtes de l'Espagne ont été interceptés depuis le début de l'année, soit cinq fois plus que pour l'ensemble de 2005. L'Italie, de son côté, a intercepté 12 000 clandestins qui tentaient d'atteindre la Sicile.

Nicolas Sarkozy prône une réforme en profondeur de la politique européenne en matière d'immigration. Selon le texte des propositions qu'il comptait présenter à Madrid, il plaide pour un «pacte européen d'immigration», qui comporterait «les grands principes d'une politique commune que les États membres s'engageraient formellement à respecter».

Dans ce cadre, il préconise «l'interdiction à l'avenir de toute mesure de régularisation massive ou des régularisations de plein droit» et «la stricte limitation des mesures de régularisation à des situations humanitaires au cas par cas». Il plaide également pour «le principe d'éloignement des migrants clandestins, sauf cas humanitaire particulier, et d'expulsion des étrangers délinquants, sauf protections particulières».

Le ministre espagnol de l'Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, a estimé que les pays du sud de l'UE devaient travailler ensemble pour établir des accords de rapatriement avec les États africains d'où proviennent les clandestins. «Ensemble, nous sommes beaucoup plus forts lorsqu'il s'agit de négocier des processus qui sont complexes car ils affectent des pays avec une structure faible et de très nombreux besoins économiques.»