Escroqueries, fraude fiscale, corruption dans le monde politique américain - Le Tout-Washington tremble

Jack Abramoff, ancien lobbyiste républicain.
Photo: Agence Reuters Jack Abramoff, ancien lobbyiste républicain.

Washington — Un ancien lobbyiste influent proche de la majorité républicaine, Jack Abramoff, a accepté hier de plaider coupable devant la justice américaine dans une affaire qui pourrait devenir le plus vaste scandale à éclabousser le monde politique depuis des décennies.

Jack Abramoff, 47 ans, devait formellement comparaître devant un tribunal fédéral de Washington hier pour répondre notamment d'escroqueries et fraude fiscale, ainsi que de corruption active de «responsables publics».

Selon l'acte d'accusation rendu public hier, Jack Abramoff avait bâti une spectaculaire réussite professionnelle, entre 1997 et 2004, en touchant notamment des dizaines de millions de dollars versés par diverses tribus indiennes, en échange de services peu ou mal rendus.

M. Abramoff, militant républicain de toujours, utilisait ses millions pour son enrichissement personnel, mais aussi pour offrir diverses invitations et cadeaux à des «responsables publics», en particulier un élu de la Chambre des représentants, que l'accusation ne nomme pas, et plusieurs assistants parlementaires.

Les cadeaux avaient pour but «d'influencer, et d'obtenir en échange un accord pour accomplir certains actes officiels», selon l'accusation.

Les aveux de M. Abramoff, dont la justice escompte une pleine coopération, ont de quoi faire trembler le Tout-Washington: M. Abramoff était connu pour multiplier les invitations à assister à des rencontres sportives, ou à jouer au golf sur des parcours prestigieux. Il possédait également un restaurant très couru à Washington, qui a dû fermer ses portes quand ses ennuis judiciaires se sont multipliés.

Un centre de recherches indépendant, Center for Responsive Politics, a par ailleurs découvert en épluchant les livres de comptes publics que plus de 300 élus, républicains et démocrates, avaient bénéficié des contributions de M. Abramoff depuis 1999.

Sentant visiblement le danger de se retrouver impliqués, quelques élus ont commencé ces dernières semaines à rembourser de l'argent reçu de M. Abramoff, comme le démocrate Byron Dorgan (67 000 $) et le républicain Conrad Burns (150 000 $).

Dès l'annonce de l'accord conclu par M. Abramoff avec la justice, la Maison-Blanche a pris ses distances, le porte-parole Scott McClellan affirmant que les faits qui lui sont reprochés sont «inacceptables et scandaleux».

«Si les lois ont été violées, il doit rendre des comptes pour ce qu'il a fait», a ajouté M. McClellan.

L'opposition démocrate a estimé de son côté que l'affaire Abramoff ne fait que s'ajouter aux autres ennuis judiciaires visant des proches de l'administration Bush. «La culture de corruption et d'abus de pouvoir, signe distinctif de l'administration Bush et des républicains de Bush, n'ont pas fait de pause pendant les Fêtes de fin d'année», a souligné la porte-parole du parti démocrate, Karen Finney.

Les largesses de M. Abramoff avaient déjà valu ses premiers ennuis à l'ancien chef de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, Tom DeLay, qui a reçu en 2004 plusieurs blâmes de la commission d'éthique du Congrès pour avoir notamment fait un voyage de golf en Écosse aux frais du lobbyiste.

M. DeLay a depuis lors dû renoncer à diriger la majorité, après son inculpation fin septembre dans une affaire de financement électoral.

Jack Abramoff pourrait également plaider coupable dans une autre affaire en Floride, portant sur les conditions d'achat d'une flotte de bateaux-casinos en 2000.