Bois d'oeuvre: une levée des sanctions après Katrina et Rita?

On attend toujours de voir si Washington lèvera, au moins temporairement, les sanctions commerciales imposées aux importations de bois d'oeuvre canadien afin d'aider à la reconstruction des zones dévastées par les ouragans.

«La question est débattue, a répété en conférence de presse, mardi, l'ambassadeur des États-Unis au Canada, David Wilkins. Quelle sera la décision finale? Nous le verrons dans l'avenir, mais on en parle.»

Prérogative aux États-Unis du président lorsque la sécurité nationale est en jeu, le pouvoir de suspendre temporairement l'application de barrières commerciales a été évoqué pour la première fois après le passage de l'ouragan Katrina par un responsable du département du Trésor américain. Cette hypothèse serait présentement étudiée par un comité constitué par son chef, le secrétaire au Trésor John Snow, le secrétaire au Commerce Carlos Gutierrez, et la secrétaire du Travail Elaine Chao. Outre le bois d'oeuvre canadien, actuellement frappé de droits de douanes de 21 %, il a été mentionné qu'il pourrait aussi s'appliquer au ciment mexicain et au contreplaqué brésilien.

Mais pour le moment, le Canada n'en sait pas plus. «Cette décision relève des autorités américaines», se borne-t-on à dire au ministère canadien du Commerce international. «On n'a aucune idée où en est rendu le dossier», disait hier, de retour de Washington, Michel Vincent, directeur commerce international au Conseil de l'industrie forestière du Québec. «On constate seulement que les prix semblent s'être stabilisés après avoir légèrement augmenté. Mais il faut dire que les efforts de reconstruction n'ont pas encore réellement commencé et qu'ils s'échelonneront probablement sur quatre à cinq ans.»

Les projections prédiraient une augmentation de l'ensemble de la demande américaine d'environ 2 %, explique Carl Grenier, vice-président exécutif et directeur général au Conseil du libre-échange pour le bois d'oeuvre. «Cela peut paraître peu, mais c'est en fait beaucoup.»

Cela ne manquera pas, en tout cas, de faire augmenter les prix. Au plus grand bonheur des producteurs de bois américains, jusqu'à ce que les autorités américaines réalisent que la situation n'est plus tenable. «Je ne pense pas que [les Américains] seront capables de le supporter bien longtemps», dit-il. Il voudrait bien que cela mène à la suspension, non pas temporaire mais indéfinie des sanctions américaines.

L'ancien négociateur commercial se rappelle cependant que les dommages records causés par l'ouragan Andrew n'avaient pas suffi, en 1992, pour convaincre le président d'alors, Bill Clinton, de lever temporairement les droits de douanes qui frappaient, encore une fois à cette époque, le bois d'oeuvre canadien. Il raconte aussi que la dernière fois qu'un président s'est prévalu de cette disposition exceptionnelle, c'était justement au profit du bois d'oeuvre canadien, mais que cela visait à aider la construction de logements pour des vétérans de la guerre, et que cela remonte à 1947.