L'heure de vérité a sonné

L'heure de vérité a sonné pour les résidants du Texas et de la Louisiane qui se préparent depuis le début de la semaine à affronter l'ouragan Rita, qui devait toucher les côtes tôt ce matin. Au moment où l'évacuation de quelque trois millions de personnes au Texas progressait très lentement hier en raison des embouteillages et du manque d'essence, on apprenait que Rita perdait en force et que sa trajectoire l'éloignait des villes plus denses et de la plupart des installations pétrolières.

Accompagnée de pluies diluviennes et de rafales de vent atteignant les 201 km/h, Rita progressait inexorablement hier vers les côtes du Texas et de la Louisiane. «Nous allons surmonter cela», a déclaré le gouverneur du Texas, Rick Perry, avant d'ajouter: «Dites une prière pour le Texas.»

À quelques centaines de kilomètres de là, la ville-martyre de La Nouvelle-Orléans, durement éprouvée par le passage de Katrina, y a de nouveau goûté hier, avant même que l'oeil de l'ouragan ne gagne la terre. Deux digues qui avaient été colmatées ont été débordées. Des torrents d'eau se sont déversés dans les quartiers de Ninth Ward et de Gentilly, renforçant les craintes que l'ouragan Rita, qui approchait des côtes, n'inonde encore la ville dévastée. Toutefois, selon les autorités, rien n'indiquait que le reste de La Nouvelle-Orléans risquait d'être inondé.

L'ouragan, qui avait effleuré l'archipel des Keys au sud de la Floride, devait atteindre les côtes du Texas et de la Louisiane ce matin. Toutefois, sa force diminuant au fil des heures, la perturbation est passée de la catégorie 4 à 3 hier.

Selon les services météorologiques, il semblerait que Houston et Galveston ne soient pas directement menacées dans la mesure où Rita a légèrement dévié de sa course vers l'est, en direction de Beaumont et de Port Arthur, à 120 kilomètres à l'est de Houston.

Cette nouvelle orientation de Rita pourrait permettre d'épargner la plupart des installations pétrolières du golfe du Mexique, assurant plus de 27 % de la production du pays, qui ont pour la plupart cessé leurs activités en prévision de l'ouragan.

Un responsable des services d'urgence du Texas, Jack Colley, a estimé que Rita allait détruire près de 5700 maisons dans l'État et causer pour 8,2 milliards de dollars de dégâts.

Les autorités fédérales, critiquées pour leur impréparation lors du passage de l'ouragan Katrina, qui a dévasté La Nouvelle-Orléans il y a trois semaines, ont pris les devants cette fois-ci. Le président George W. Bush devait se rendre au Texas hier pour voir les préparatifs mis en place contre l'ouragan et remercier le personnel des services d'urgence déployé dans les zones à risque. Mais il a annulé sa visite au dernier moment. La Maison-Blanche a expliqué qu'il ne voulait pas ralentir les préparations.

«Nous faisons face à une autre forte tempête en ce moment», a expliqué M. Bush. «Notre travail, c'est de se préparer et d'assister l'État et la population locale pour sauver des vies et aider les gens à se remettre sur leurs pieds.»

Le gouvernement fédéral a déclaré hier l'état d'urgence sanitaire au Texas et en Louisiane en prévision du passage de Rita.

Au total, près de trois millions de personnes ont reçu un ordre d'évacuation au Texas (Galveston, Corpus Christi, comtés de Nueces et Houston) et en Louisiane, notamment à La Nouvelle-Orléans.

Mais ce gigantesque mouvement de foule a provoqué des embouteillages monstres, entraînant des centaines de pannes de carburant tandis que les autorités s'affairaient pour réorganiser la circulation à la hâte.

Les camions de la Garde nationale du Texas escortés par la police circulaient pour approvisionner directement en essence les automobilistes en panne sur le bord des routes. Par ailleurs, les autorités du Texas tentaient également d'acheminer plus de 760 000 litres d'essence aux stations-service à sec de la région de Houston.

Les automobilistes risquent par ailleurs d'être pris au piège s'ils ne s'éloignent pas avant l'arrivée de Rita. «Ces gens ne doivent pas rester sur les autoroutes. S'ils n'ont pas été évacués, ils doivent trouver un abri sur place», a dit le maire de Houston, Bill White.

Les opérations d'évacuation ont déjà été marquées par un drame. Un autocar transportant des personnes âgées évacuées à l'approche de l'ouragan a pris feu tôt hier matin sur l'autoroute 45, qui relie Galveston à Houston et Dallas. L'accident, peut-être lié à un problème de freins qui aurait déclenché des étincelles, a été aggravé par les réservoirs d'oxygène que portaient certains passagers. Tout le monde n'a pu être évacué du véhicule, a expliqué le porte-parole du shérif du comté de Dallas, le sergent Don Peritz. L'accident a causé la mort de 24 personnes.

L'autocar, qui transportait 44 personnes, a été ravagé par les flammes, provoquant un bouchon de 27 kilomètres sur l'autoroute 45, déjà saturée par les files de voitures évacuant la côte du golfe du Mexique. Le véhicule a été réduit à une carcasse calcinée.

Alors que l'administration Bush a déjà été vivement écorché par sa lenteur à intervenir pour venir en aide à La Nouvelle-Orléans ravagée par Katrina, le Pentagone s'est montré réticent à répondre hier aux demandes des autorités locales.

Le Pentagone a refusé d'envoyer 40 000 soldats et gardes nationaux supplémentaires réclamés par la Louisiane et le Texas pour faire face aux conséquences du cyclone Rita mais s'est engagé à aider ces deux États en fournissant de l'essence et toute autre aide.

Les gouverneurs des États n'ont pas détaillé et explicité leurs besoins, a dit le porte-parole Lawrence DiRita à la presse, ajoutant que des responsables étaient en train d'évaluer ces besoins.

La gouverneure de la Louisiane, Kathleen Blanco, avait réclamé jeudi 15 000 soldats supplémentaires et 15 000 gardes nationaux.

Le gouverneur du Texas, Rick Perry, a quant à lui demandé au président Bush de déployer 10 000 soldats dans son État. Il a également demandé 23 000 gallons d'essence à l'Agence fédérale de gestion des crises (FEMA). «L'essence est l'une des choses que nous prévoyons de fournir pour aider» le Texas et la Louisiane, a précisé M. DiRita.

Du côté de la production pétrolière, Exxon Mobil a annoncé la fermeture de la raffinerie de Baytown (Texas), la plus importante des États-Unis en matière de capacité, et d'une deuxième à Beaumont, 140 kilomètres plus à l'est.

Au total, 13 raffineries, soit 30 % des capacités de raffinage nationales, sont actuellement hors service en prévision du passage de Rita ou en raison des dégâts causés par Katrina, ce qui laisse planer la menace de pénuries à court terme.

Selon l'Agence d'information sur l'énergie (EIA), la production pourrait être réduite de 2,2 millions de barils de gasoil, de 1,2 million de barils d'essence distillée et de 600 000 barils de kérosène par jour.