Après Katrina, les Américains affrontent Rita - La Nouvelle-Orléans encore inondée

Photo: Agence Reuters

La Nouvelle-Orléans (AFP) — Deux quartiers de La Nouvelle-Orléans étaient de nouveau inondés hier, laissant encore craindre le pire alors que le cyclone Rita n'a pas encore fait sentir tous ses effets.

Deux brèches le long des digues de chaque côté de l'Industrial Canal, à l'est de la ville, se sont ouvertes devant la montée des eaux.

Le Lower Ninth Ward, un quartier pauvre à l'est du quartier historique du Vieux Carré, a été complètement inondé, les flots ayant submergé une digue sommairement réparée par une berme de fortune après le passage du cyclone Katrina, il y a près d'un mois.

«L'eau a dépassé le sommet de la digue le long de l'Industrial Canal. La digue n'a pas cédé, mais l'eau s'écoule à l'est du canal dans le quartier du Lower Ninth Ward», a indiqué à l'AFP Mitch Frazier, porte-parole du génie de l'armée de terre.

Déjà dévasté après Katrina et en principe totalement évacué depuis, le Lower Ninth Ward était sous plus d'un mètre d'eau. Par endroits, seuls les toits des maisons étaient visibles, rappelant de tristes récentes images.

Un peu plus au nord, à la hauteur du North Claiborne Brigde, une deuxième brèche s'est ouverte dans l'après-midi, cette fois sur le versant ouest du canal, a constaté un journaliste de l'AFP.

Un mur d'endiguement s'est fissuré. Dans le quartier en contrebas, l'eau atteignait déjà 60 cm et continuait de s'écouler rapidement, envahissant plusieurs pâtés de maisons.

«L'eau est en train d'inonder le quartier», a confirmé à l'AFP le général Bill Caldwell, commandant de la 82e division aéroportée de l'armée de terre, déployée à La Nouvelle-Orléans,.

«Ce qui est bien, c'est que les gens sont partis. Cela ne fera que des dégâts aux maisons», a-t-il ajouté.

Aucune inondation n'était signalée toutefois dans le nord de la ville, là où des digues avaient cédé le long du canal de 17th Street et de celui de London Avenue, a noté le secrétaire aux Transports de Louisiane, Johnny Bradberry.

La Nouvelle-Orléans a essuyé hier les premiers assauts périphériques de Rita, avec des pluies incessantes et des rafales de vent allant jusqu'à 60 km/h. Ironie du sort, elle venait juste d'être pratiquement asséchée.

Les météorologues prévoyaient entre huit et 12 cm de précipitations et une montée des eaux de 90 cm à 1,5 m. Le lac Pontchartrain était déjà hier à environ 1,20 m au-dessus de son niveau normal. Bien que Rita se soit légèrement affaiblie, le pire était encore à craindre dans la nuit d'hier à aujourd'hui, lorsque les eaux seront à leur maximum à la faveur de la marée haute.

«Nous ne nous attendions pas aussi tôt à avoir ce niveau de montée des eaux», a reconnu le général Robert Crear, du génie militaire. «Pour l'instant, il n'y a rien que nous puissions faire. Lorsque le vent diminuera, nous allons pouvoir y retourner et faire une nouvelle réparation.»

Pour parer toute éventualité, les militaires avaient préparé plus de 3000 sacs de sable de 4,5 tonnes chacun qui devaient être largués par des hélicoptères de l'armée. Mais, en raison des rafales de vent, il était impossible de les faire décoller.

Coincé dans une boucle du Mississippi et bordé au nord par le lac Pontchartrain, l'ancien port français cédé aux Américains en 1803 est bâti sur des marais asséchés, en majeure partie sous le niveau de la mer. Il est protégé par un réseau de 560 km de digues et de canaux.

À la suite de la rupture en six points de ces digues après Katrina, environ 80 % de La Nouvelle-Orléans avait été submergée.

Depuis trois semaines, les digues ont fait l'objet de réparations de fortune. Mais les experts de l'armée estimaient qu'il faudrait au moins six mois pour les consolider suffisamment pour qu'elles puissent résister à un nouveau cyclone de force trois ou plus.