Washington veut pister les virements internationaux

New York — L'administration Bush veut un accès accru aux transactions bancaires internationales afin de renforcer la lutte contre le financement du terrorisme, rapportait ce week-end le New York Times.

Conçu par un groupe de travail du ministère du Trésor, ce dispositif vise à accroître considérablement la base de données du gouvernement, par l'accès aux relevés des virements internationaux à destination et en provenance des banques américaines, a précisé le journal dans son édition en ligne samedi.

Les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 ont transféré plus de 130 000 dollars par ce moyen, font valoir des responsables américains. Ils ont expliqué au quotidien qu'ils avaient besoin d'outils pour pister précisément certains suspects et, d'une façon plus générale, analyser les tendances du financement du terrorisme et autres délits financiers comme le blanchiment d'argent.

Ces mesures, au stade préliminaire, se mettent en place dans le cadre d'une disposition de la loi sur la réforme des services de renseignement, adoptée en décembre dernier par le Congrès. L'objectif est de contraindre les institutions financières à transmettre aux autorités américaines les relevés de «certains virements électroniques transfrontaliers de fonds».

L'argent du terrorisme, expliquent les responsables, n'est pas facile à mettre au jour, en partie parce que les budgets des opérations terroristes sont relativement restreints: selon la commission parlementaire d'enquête sur les attentats du 11-Septembre, on estime qu'al-Qaïda a dépensé entre 400 000 et 500 000 dollars pour la préparation et la mise en oeuvre des attentats, sans trace de transactions inhabituelles. Quant aux attentats de 1998 dans les ambassades américaines au Kenya et au Tanzanie, qui ont fait plus de 200 morts, ils n'ont pas coûté plus de 10 000 dollars.

Depuis 2001, les spécialistes du contre-terrorisme ont enregistré des avancées, mais peu de vrai succès dans la recherche des circuits financiers du terrorisme. Le gouvernement, soulignent de hauts responsables de l'administration, a clairement demandé à plusieurs reprises au secteur financier d'être un véritable partenaire dans la lutte contre le financement du terrorisme.

Mais selon le New York Times, 52 fédérations bancaires ont adressé en janvier dernier une lettre au ministère du Trésor pour déplorer le «manque de clarté» du gouvernement. Les banques veulent savoir exactement ce qu'on attend d'elles, précisent des responsables du secteur.

De nombreuses banques redoutent d'être pénalisées si elles ne transmettent pas les renseignements demandés sur les «activités suspectes» de leurs clients. Du coup, elles inondent les autorités de données pas toujours pertinentes, ce qui paralyse le système.