Premiers verdicts de sédition

Dans cette photo d’archives prise le 9 juin 2022, Stewart Rhodes, fondateur des Oath Keepers, est vu sur un écran lors d’une audience de la Commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’attaque du 6 janvier contre le Capitole américain.
Brendan Smialowski Archives Agence France-Presse Dans cette photo d’archives prise le 9 juin 2022, Stewart Rhodes, fondateur des Oath Keepers, est vu sur un écran lors d’une audience de la Commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’attaque du 6 janvier contre le Capitole américain.

Le fondateur des Oath Keepers, Stewart Rhodes, et un autre membre de cette milice d’extrême droite sont devenus mardi les premiers participants à l’assaut du Capitole à être reconnus coupables de « sédition ».

Après deux mois d’un procès très suivi, les 12 jurés ont en revanche écarté ce chef d’inculpation extrêmement rare, passible de 20 ans de prison, pour trois autres membres de ce groupe radical.

Ils ont tous été condamnés pour obstruction à une procédure officielle et seront fixés sur leur peine au printemps 2023.

Ce verdict nuancé, prononcé après trois jours de délibérations, représente une victoire pour les procureurs qui enquêtent depuis bientôt deux ans sur l’attaque du 6 janvier 2021.

Ce jour-là, une foule de partisans du président républicain Donald Trump avaient semé le chaos et la violence dans le siège du Congrès, au moment où les élus certifiaient la victoire de son rival démocrate, Joe Biden, à la présidentielle.

Depuis ce coup de force, près de 900 personnes ont été arrêtées et une centaine ont écopé de peines de prison, notamment les auteurs de violences contre les policiers. Mais jusqu’ici, personne n’avait été reconnu coupable de « sédition ».

Ce chef d’inculpation, qui émane d’une loi adoptée après la guerre de Sécession pour réprimer les derniers rebelles sudistes, implique la planification de l’usage de la force dans un objectif d’opposition au gouvernement. Il se distingue de l’insurrection, au caractère plus spontané.

Difficile à prouver, il a été très peu utilisé : la dernière condamnation pour sédition a été prononcée en 1998 contre des militants islamistes responsables d’un attentat à la bombe contre le World Trade Center, à New York, perpétré cinq ans plus tôt.

« Persécution »

Pendant le procès, les procureurs ont montré que Stewart Rhodes avait commencé à rallier ses troupes dès novembre 2020. « On ne va pas s’en sortir sans guerre civile », leur écrivait-il deux jours après la présidentielle sur une messagerie cryptée.

Dans les semaines suivantes, il a, selon eux, dépensé des milliers de dollars pour acheter des appareils de vision nocturne, des armes et des munitions, et a stocké cet arsenal dans un hôtel de la banlieue de Washington.

 

Le 6 janvier, casqués et vêtus de tenues de combat, des membres des Oath Keepers avaient marché sur le Capitole. Certains avaient formé une colonne pour s’y introduire et avaient fait demi-tour après avoir reçu du gaz irritant. D’autres avaient pénétré dans son enceinte en formation militaire.

Stewart Rhodes était, lui, resté à l’extérieur, mais selon les procureurs, il avait dirigé ses troupes avec une radio « comme un général sur le champ de bataille ».

À la barre des témoins, ce tribun, reconnaissable à son cache-oeil noir, a nié « avoir planifié » cette attaque et a soutenu que la « mission » des Oath Keepers était d’assurer la sécurité de la manifestation convoquée par Donald Trump pour dénoncer de prétendues « fraudes électorales ».

Soutenant avoir été mis devant le fait accompli, il a estimé « stupide » que Kelly Meggs, qui dirige la section de la Floride des Oath Keepers et qui a lui aussi été reconnu coupable de sédition, soit entré dans le Capitole.

« Cela a ouvert la porte à notre persécution politique, et voyez où nous en sommes », a notamment déclaré Stewart Rhodes.

Diplômé en droit de l’Université Yale, ce quinquagénaire au parcours sinueux a fondé les Oath Keepers en 2009 en recrutant d’anciens soldats et policiers, initialement pour lutter contre l’État fédéral, jugé « oppressif ».

Comme d’autres groupes radicaux, cette milice a été séduite par le discours antiélite de Donald Trump et a totalement adhéré aux allégations de fraudes électorales brandies — contre toute évidence — par le républicain.

À voir en vidéo