Le verdict en demi-teinte des élections de mi-mandat aux États-Unis

Des sujets clivants tels que les droits des personnes transgenres et l’accès à l’avortement ont façonné les résultats de plusieurs courses lors des dernières élections de mi-mandat.
Photo: Yuki Iwamura Agence France-Presse Des sujets clivants tels que les droits des personnes transgenres et l’accès à l’avortement ont façonné les résultats de plusieurs courses lors des dernières élections de mi-mandat.

Le vote de la semaine dernière s’est encore une fois déroulé dans un climat de division entre républicains et démocrates, des sujets clivants comme les droits des personnes transgenres et l’accès à l’avortement ayant façonné les résultats de plusieurs courses. Analyse du vote entourant trois enjeux.

Le bilan du scrutin du 8 novembre demeure nuancé pour les Américains transgenres : bien qu’un nombre record de candidats de la communauté LGBTQ+ aient été élus cette année, plusieurs candidats présentant des plateformes antitrans ont eux aussi été victorieux dans des courses clés.

Sur les 37 candidats transgenres en lice aux élections à travers le pays, près de la moitié — 18 — ont remporté leur course, selon le LGBTQ Victory Fund, un comité d’action politique voué à l’élection de candidats issus de la communauté.

Parmi eux, le démocrate James Roesener est devenu le premier homme trans élu à une assemblée législative d’État, en accédant à la Chambre des représentants du New Hampshire.

Le nouvel élu de 26 ans a expliqué s’être porté candidat après le dépôt d’un projet de loi sur les « droits parentaux » qui aurait obligé les écoles publiques de son État à informer les parents si leur enfant posait des questions sur son identité de genre à un membre du personnel scolaire. Le projet de loi n’a finalement pas été adopté, mais le combat n’est « pas terminé », selon M. Roesener.

Au Minnesota, Leigh Finke est devenue la première personne ouvertement transgenre élue à l’Assemblée législative de l’État. Elle avait déclaré s’être portée candidate après avoir constaté un sentiment antitransgenre croissant à travers le pays.

Ces victoires surviennent effectivement en pleine multiplication des projets de loi anti-LGBTQ aux États-Unis, qui ciblent particulièrement les droits des personnes transgenres et les soins de santé d’affirmation de genre.

Plus de projets de loi de ce type ont été présentés en 2022 que jamais auparavant aux États-Unis. Selon un décompte du Washington Post et de l’Union américaine pour les libertés civiles, en date du 13 octobre, 155 projets de loi antitrans avaient été déposés, 24 de plus qu’en 2021.

La montée des politiques anti-LGBTQ s’est également manifestée dans des courses clés : le gouverneur Ron DeSantis a notamment été réélu haut la main en Floride. Le politicien républicain, qui pourrait être le principal rival de Donald Trump lors des primaires du Grand Old Party, a notamment signé plus tôt cette année un projet de loi visant à interdire l’enseignement de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre de la maternelle à la troisième année du primaire.

M. DeSantis a aussi signé l’an dernier un projet de loi interdisant aux femmes transgenres de jouer dans des équipes d’écoles publiques destinées aux étudiantes-athlètes. Même si ses décisions avaient provoqué la controverse, près de 60 % des électeurs de l’État l’ont reporté au pouvoir au terme des élections de mi-mandat.

La gouverneure républicaine de l’Alabama, Kay Ivey, qui a signé par le passé deux projets de loi ciblant les jeunes transgenres et les discussions en classe sur les identités LGBTQ, a elle aussi été réélue, avec près de 70 % des voix.

Le Texas divisé

Pour les familles d’Uvalde, au Texas, ces élections de mi-mandat n’étaient pas comme les autres : au moment du vote, presque six mois s’étaient écoulés depuis qu’un homme de 18 ans a assassiné 19 élèves et deux enseignants de l’école primaire Robb, tragédie qui a secoué la communauté — et le monde entier.

Depuis l’événement, des familles des victimes ont réclamé des actions politiques, demandant notamment au gouverneur du Texas, Greg Abbott, et à d’autres élus de hausser à 21 ans l’âge minimum pour l’achat d’armes d’assaut. L’auteur de la fusillade avait acheté la sienne peu de temps avant le carnage.

Malgré plusieurs voix plaidant pour un changement, le gouverneur républicain proarmes a obtenu un troisième mandat en battant sans encombre son adversaire démocrate, Beto O’Rourke. Greg Abbott a même arraché une marge plus importante des voix dans le comté d’Uvalde (60 %) qu’à l’échelle de l’État (54, 8 %).

De nombreux Texans ont exprimé leur frustration électorale sur Twitter. Kimberly Garcia, une résidente d’Uvalde, y a notamment lancé une pointe au gouverneur Abbott le soir du scrutin du 8 novembre : « J’espère que votre famille ne sera jamais tuée comme mon enfant l’a été. »

Un journaliste du Texas Tribune, Uriel J. García, avait d’ailleurs déjà décrit l’état d’esprit des familles des victimes de la fusillade le soir des élections. « Les familles d’Uvalde sont déçues, après avoir appris que Greg Abbott a été réélu. Certaines sont blessées que le comté ait voté de manière décisive pour Abbott », avait-il noté sur Twitter.

Le Texas a un gouverneur républicain depuis presque deux décennies : Ann Richards est la dernière personnalité démocrate à avoir occupé ce poste, de 1991 à 1995.

Le droit à l’avortement renforcé

La question de l’accès à l’avortement était aussi présente sur plusieurs bulletins de vote, quelques mois après que la Cour suprême du pays eut invalidé l’arrêt Roe v. Wade.

Cinq États ont ainsi profité du scrutin de mi-mandat pour organiser des référendums locaux sur le sujet.

 

Les électeurs de la Californie, du Michigan et du Vermont se sont prononcés pour le droit à l’avortement, les trois États inscrivant maintenant le droit à l’avortement dans leur Constitution — une victoire majeure pour le mouvement prochoix, car elle protège d’attaques futures l’accès à ces soins de santé.

Au Michigan, 56,7 % des électeurs ont approuvé la proposition voulant que la liberté de procréation et de toute question relative à la grossesse devienne un droit constitutionnel de l’État. En Californie, 66,3 % des votants ont souhaité que la Constitution de l’État soit modifiée. Au Vermont, c’était une majorité encore plus écrasante : 76,7 % des électeurs ont voté pour la création d’un droit constitutionnel à « l’autonomie reproductive personnelle ».

Ces résultats étaient attendus dans ces trois États à majorité démocrate. Mais les électeurs du Kentucky et du Montana ont aussi suivi la tendance en rejetant des propositions hostiles à l’avortement.

Bien que l’intervention soit toujours interdite au Kentucky, près de 53 % des électeurs de l’État ont rejeté l’amendement 2, qui aurait explicitement affirmé que la Constitution de l’État ne prévoit aucune protection du droit à l’avortement.

Du côté du Montana, 52,6 % des électeurs ont rejeté une proposition qui aurait criminalisé les soignants qui ne font pas tout leur possible pour sauver la vie d’un enfant après un accouchement ou à la suite d’une césarienne ou d’un enfant « né lors d’une tentative d’avortement ». Selon le décompte du scrutin, un peu plus de 22 500 voix ont penché vers le rejet de cette mesure, qui était jugée superflue par ses opposants.

Malgré ces victoires, l’avortement n’est toujours pas accessible dans 14 États américains, dont 12 qui ne prévoient presque aucune exception et 2 où aucune clinique ne fournit le service.

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