Des républicains déçus, des démocrates soulagés

Cela devait être le début de la fin pour les démocrates. Or, les élections de mi-mandat qui se sont tenues mardi soir (et dont plusieurs résultats restent encore à déterminer) pourraient bien être les meilleures pour un président américain en exercice depuis 20 ans.

Joe Biden et les démocrates ont en effet évité une vague rouge — de la couleur du Parti républicain —, tout en offrant une résistance forte dans plusieurs États à la montée du conservatisme radical. « Ce n’est certainement pas une vague républicaine, c’est sûr », a reconnu mercredi Lindsey Graham, sénateur républicain de la Caroline du Sud et proche conseiller de Donald Trump, sur les ondes de NBC News.

« J’ai été surpris, parce que je pensais qu’avec le taux d’inflation, le prix de la nourriture, le prix de l’essence et le taux de criminalité dont nous sommes témoins… Je pensais que toutes ces choses auraient donné une très grande soirée aux républicains », a ajouté l’ex-président de la Chambre des représentants Newt Gingrich en entrevue sur le réseau Fox News, tout en reconnaissant que la stratégie démocrate — « méprisable », selon lui — visant à diaboliser les candidats de l’opposition avait finalement fonctionné.

Mercredi soir, la répartition des forces à la Chambre des représentants était toujours entre incertitude et attente de plusieurs résultats. Les probabilités d’une prise des rênes par les républicains demeuraient toutefois très élevées, mais par une mince majorité.

L’avenir du Sénat résidait toujours dans une poignée de courses en Arizona, au Nevada et en Géorgie. Le résultat final pourrait toutefois se faire attendre plusieurs jours : en Géorgie, aucun des candidats au siège de sénateur — ni le démocrate Raphael Warnock, en avance, ni son opposant républicain, Herschel Walker — n’a réussi à récolter plus de 50 % des voix. Un deuxième tour devra donc être tenu le 6 décembre prochain, comme le prévoit la loi électorale de l’État.

« J’ai été soulagée de voir que le bon sens s’est fait entendre mardi soir lors de ce scrutin, que la défense de la démocratie et des libertés a stimulé le vote des démocrates, a déclaré mercredi la militante Bonnie Laufer, de l’organisme RiseUp4AbortionRights, en entrevue au Devoir à Philadelphie. Mais il ne faut pas perdre de vue que les républicains pourraient être majoritaires à la Chambre et que la résistance contre leurs attaques à l’égard des institutions et des droits des Américains, particulièrement ceux des femmes, va devoir se poursuivre. »

Un recul pour le trumpisme

En Pennsylvanie, les démocrates ont réalisé un gain net notable au Sénat américain en arrêtant le trumpiste Mehmet Öz. Le candidat vedette républicain a été défait par le lieutenant-gouverneur de l’État, John Fetterman, et ce, malgré une campagne difficile pour le démocrate, victime d’un accident vasculaire cérébral il y a six mois, et les millions de dollars investis dans des campagnes publicitaires pour le dénigrer.

Josh Shapiro y a également battu le conspirationniste Doug Mastriano, soutenu par Donald Trump, au poste de gouverneur. Mastriano avait activement participé à l’insurrection du 6 janvier au Capitole.

« L’avortement et le malaise général face à l’extrémisme républicain semblent avoir limité les gains des républicains en Pennsylvanie », un État qui penche toutefois de plus en plus du côté de ce parti, résume en entrevue l’essayiste David Faris, auteur du livre The Kids Are All Left: How Young Voters Will Unite America (Les enfants sont tous à gauche. Comment les jeunes électeurs vont unir l’Amérique). « Il est très inhabituel qu’un parti dirige le bureau du gouverneur dans cet État pendant plus de deux mandats consécutifs. Or, en remportant ce siège, Shapiro vient de réaliser quelque chose qui ne s’est pas produit depuis 1946 ici. Et je pense que ça en dit long sur ce que les Pennsylvaniens pensent des républicains aujourd’hui. »

La tendance semble avoir été suivie ailleurs, dont au Michigan, où la démocrate Gretchen Whitmer a défait facilement Tudor Dixon, idole et protégée de Donald Trump qui a fait de la contestation sans fondement des résultats des élections de 2020 et des attaques contre le droit à l’avortement deux moteurs de sa campagne.

Dans le même État, la secrétaire d’État, Jocelyn Benson, a préservé ce poste crucial dans l’organisation des élections de la menace posée par la républicaine Kristina Karamo, devenue figure nationale en 2020 après avoir répandu de fausses accusations de fraude électorale qui aurait eu lieu dans le décompte des votes à Detroit. En contradiction avec les faits.

« C’est la démocratie qui a prévalu, s’est réjoui Jocelyn Benson lors de son discours de victoire, dans la nuit de mardi à mercredi. Aujourd’hui, les électeurs du Michigan ont montré au monde qu’ils ont voté pour la vérité plutôt que pour les mensonges, pour les faits plutôt que pour les théories du complot, pour de vrais résultats plutôt que pour des promesses vides. »

La question de l’avortement

Ailleurs — en Californie, au Michigan et au Vermont, notamment —, ce sont aussi les défenseurs du droit à l’avortement qui se sont fait entendre, par voie de référendum, en soutenant des motions visant à enchâsser ce droit dans la Constitution de ces États.

La même décision a été prise par les électeurs du Kentucky, un État pourtant solidement républicain, qui ont rejeté une loi interdisant l’avortement votée récemment et appuyé là aussi la protection constitutionnelle de cette liberté de choix.

Aux États-Unis, à peine 10 % de la population estime que l’avortement devrait être totalement illégal, selon l’enquête d’opinion VoteCast menée par l’Associated Press. Environ 6 Américains sur 10 disent avoir ressenti déception et colère après que la Cour suprême du pays eut favorisé un retour de la guerre politique contre l’avortement en invalidant l’été dernier l’arrêt Roe v. Wade, qui le protégeait en partie depuis de nombreuses années.

Mercredi, Joe Biden a reçu avec un certain soulagement le dépouillement des résultats en cours, mais a estimé que « la fièvre des “superméga-MAGA” », comme il appelle désormais les partisans de Donald Trump, n’était pas sur le « point de tomber ». « Mais je pense qu’ils restent une minorité au sein du Parti républicain », a-t-il dit depuis la Maison-Blanche.

À l’approche du décompte final, Joe Biden semble sur le point d’éviter la débâcle au Congrès qui avait coûté 63 sièges de représentant et 6 de sénateur à Barack Obama, en 2010. Ce dernier faisait alors face à un vent de contestation républicain nourri par sa tentative d’adopter des lois pour offrir une assurance maladie aux Américains. En 1994, Bill Clinton avait, lui, perdu 52 sièges à la Chambre et 8 au Sénat.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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