Trump sera cité à comparaître à la commission d’enquête sur l’assaut au Capitole

Lors de sa neuvième audience publique, la Commission a diffusé un enregistrement audio de Donald Trump parlant au secrétaire d’État de Géorgie, Brad Raffensperger, le 2 janvier 2021, dans lequel l’ex-président faisait pression pour que soient modifiés les résultats des élections présidentielles de 2020 dans cet État.
Photo: Alex Won Associated Press Lors de sa neuvième audience publique, la Commission a diffusé un enregistrement audio de Donald Trump parlant au secrétaire d’État de Géorgie, Brad Raffensperger, le 2 janvier 2021, dans lequel l’ex-président faisait pression pour que soient modifiés les résultats des élections présidentielles de 2020 dans cet État.

À l’écran, l’homme assis juste derrière le greffier de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’insurrection du Capitole, survenue le 6 janvier 2021, n’a pas pu retenir un « wow » lorsque l’assignation à comparaître formulée contre Donald Trump a été lue. Dans un geste spectaculaire, les élus démocrates et républicains siégeant à ce comité ont en effet conclu leur neuvième audience publique, jeudi, en exigeant à l’unanimité la comparution devant eux de l’ex-président des États-Unis.

La décision a été prise au terme d’une enquête publique qui, en plus d’un an, a minutieusement documenté l’implication de l’ex-occupant de la Maison-Blanche et populiste dans l’attaque sans précédent menée par ses troupes contre le dôme de la démocratie américaine.

« Nous n’avons laissé aucun doute sur les efforts déployés par Donald Trump pour renverser la démocratie américaine, ce qui a entraîné les violences du 6 janvier, a indiqué le président de la commission, le démocrate Bennie Thompson. Il est la seule personne au centre de l’histoire […] et nous voulons l’entendre. »

« Nous reconnaissons qu’une citation à comparaître adressée à un ancien président est un geste sérieux et extraordinaire, a-t-il ajouté. C’est pourquoi nous voulons franchir cette étape devant le peuple américain et sous son regard, parce que le sujet et l’enjeu sont importants. »

Donald Trump devient ainsi le quatrième président des États-Unis à faire face à une procédure du genre, après Thomas Jefferson, en 1807, dans l’affaire de trahison impliquant son vice-président Aaron Burr ; Richard Nixon, en 1974, dans l’affaire du Watergate ; et Bill Clinton, en 1998, dans l’affaire Monica Lewinsky. Il est presque certain que la demande de la commission sera contestée devant les tribunaux par l’ex-président.

« Si les comportements passés de Trump dictent ceux d’aujourd’hui, on doit s’attendre à ce qu’il ne se conforme pas à cette assignation, ce qui va constituer un affront à l’autorité du Congrès, dit en entrevue le politicologue Matthew J. Schmidt, de la University of New Haven, au Connecticut. Mais le plus effrayant, c’est qu’il va le faire, car il sait qu’il a le soutien de millions d’Américains qui croient également que l’attaque contre le Congrès était justifiée et que le refus de l’ancien président de se conformer va poursuivre cette même attaque contre cette institution. »

« Il ne faut pas s’attendre à ce que cette citation à comparaître produise à court terme autre chose qu’une couverture médiatique et le début d’une bataille juridique acharnée, a fait savoir pour sa part le professeur de droit Daniel Richman, joint par Le Devoir à la Columbia University, dans l’État de New York. Une grande partie des travaux de la commission a déjà mis en évidence tout le mépris assumé de Trump concernant les menaces réelles et tangibles qui pesaient sur le Capitole et son adhésion aux objectifs des insurgés. En le citant à comparaître, on cherche donc à attirer les regards pas tellement sur son implication, mais surtout sur lui, personnellement, ce qui n’est peut-être pas une coïncidence, à la veille des élections de mi-mandat. »

Le 8 novembre prochain, les Américains retournent aux urnes pour élire une partie des personnes qui détiennent le pouvoir législatif au pays. Et ce, dans un climat politique toujours profondément divisé.

Rétrospective des preuves

 

« Il s’agit d’une décision très importante du comité, a expliqué en entrevue le politicologue Tom Sutton, de la Baldwin Wallace University, située en Ohio. C’est une suite logique de la preuve qui a mis en lumière le soutien de Trump aux émeutiers, son désir de les accompagner au Capitole et son absence de réponse responsable le reste de l’après-midi alors que le Capitole était attaqué. »

Pendant plus de deux heures, la commission parlementaire a d’ailleurs fait précéder son ordre de comparution adressé au populiste d’une nouvelle rétrospective des preuves qu’elle a accumulées au fil des derniers mois et qui, selon elle, confirment le rôle central joué par Donald Trump dans cette tentative de coup d’État. Le 6 janvier 2021, sans retenue, l’ex-président a lancé ses partisans sur le Capitole pour tenter d’empêcher la certification par le pouvoir législatif américain des résultats de l’élection présidentielle de novembre 2020, qui a marqué la victoire du démocrate Joe Biden. Et la défaite de l’ex-vedette de téléréalité.

Or, des dizaines de témoignages de proches de l’ex-président, de conseillers de la Maison-Blanche et d’acteurs ayant été aux premières loges des événements ont révélé que le populiste savait qu’il avait perdu l’élection, savait qu’il n’y avait jamais eu de fraude électorale, mais avait continué à exploiter ce « grand mensonge » pour mobiliser ses troupes. Le 6 janvier, le président avait également connaissance de la présence dans la foule de manifestants organisés et armés, qu’il a malgré tout lancés contre le Capitole, menaçant même avec cette foule la vie et la sécurité de son vice-président, Mike Pence.

« Les preuves montrent que son faux discours de victoire a été établi bien à l’avance, avant que les votes n’aient été comptés, a affirmé la députée Zoe Lofgren, qui siège au comité. C’était un plan prémédité du président pour déclarer la victoire quel que soit le résultat réel. Il a élaboré un plan pour rester en fonction, bien avant le jour de l’élection. » Un plan par lequel il comptait s’approprier la volonté d’un changement de garde à la Maison-Blanche exprimée par le peuple américain pour la remplacer « par la volonté d’un seul homme à se maintenir au pouvoir », a indiqué pour sa part l’élu démocrate Adam Schiff lors de cette audience publique.

Sur son réseau social Truth — « vérité », en français —, sur lequel il répand toujours son « grand mensonge », Donald Trump a, sans surprise, dénoncé son assignation à comparaître en qualifiant la commission d’enquête de « risée dans le monde entier » dont les travaux n’ont « servi qu’à diviser davantage notre pays », a-t-il écrit. La représentante républicaine Elise Stefanik, numéro 3 du parti au sein du pouvoir législatif américain, a pour sa part raillé dans une déclaration publique un « stratagème politique désespéré » qui ne va « que pousser le peuple américain à renvoyer Nancy Pelosi [cheffe de la majorité démocrate au Congrès] une fois pour toutes et provoquer un tsunami rouge débouchant sur l’élection d’une majorité républicaine historique qui en tiendra Joe Biden pour responsable ».

Le mandat de la commission parlementaire sur le 6 janvier expire à la fin de l’année et doit se conclure d’ici là par la publication d’un rapport.

La Cour suprême refuse de se saisir d’un recours de l’ex-président

La Cour suprême des États-Unis a rejeté jeudi un recours de Donald Trump, qui lui avait demandé d’intervenir dans le dossier des documents saisis à l’été à sa résidence floridienne. Comme il est d’usage, la haute juridiction, qui a été profondément remaniée par l’ancien président républicain, n’a pas justifié sa décision. Bien qu’elle compte six magistrats conservateurs sur neuf, dont trois nommés par Donald Trump, elle lui a déjà infligé des revers, notamment en refusant de le soutenir dans sa croisade postélectorale. Le 4 octobre, le milliardaire lui avait adressé un recours en urgence afin qu’aucun des 11 000 documents saisis à sa résidence de Mar-a-Lago n’échappe à l’expert indépendant chargé de les passer en revue. Il contestait une décision d’une cour d’appel qui empêche cet expert d’avoir accès à une centaine de documents classés confidentiels. Quand il a quitté le pouvoir, en janvier 2021, Donald Trump a emporté des boîtes entières de documents. Or, une loi de 1978 oblige tout président américain à transmettre l’ensemble de ses courriels, lettres et autres documents de travail aux Archives nationales. Le 8 août, des agents de la police fédérale ont mené une perquisition inédite à son domicile sur la base d’un mandat pour « rétention de documents classifiés » et « entrave à une enquête fédérale » et ont saisi une trentaine de boîtes.
Agence France-Presse



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