Les démocrates sous un vent favorable en vue des législatives

Une militante pour le droit à l’avortement devant la Maison-Blanche, à Washington, le 9 juillet dernier
Photo: Roberto Schmidt Agence France-Presse Une militante pour le droit à l’avortement devant la Maison-Blanche, à Washington, le 9 juillet dernier

Experts et analystes prédisaient leur débâcle en novembre prochain, à l’occasion des élections de mi-mandat. Mais un été, des attaques amplifiées contre le droit à l’avortement et des perquisitions à Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump, sont passés par là, plaçant désormais les démocrates de Joe Biden en meilleure posture devant les urnes, et ce, dans la perspective du prochain scrutin automnal.

C’est du moins ce que livre un sondage du Wall Street Journal, publié jeudi, et qui accorde 47 % des intentions de vote aux démocrates contre 44 % pour le parti toujours dominé par Donald Trump. En mars dernier, un même coup de sonde donnait cinq points d’avance aux républicains.

C’est la première fois depuis plus d’un an que la mesure de l’opinion publique met en évidence une avance du parti au pouvoir dans les intentions de vote partout aux États-Unis. Historiquement, les élections législatives de mi-mandat sanctionnent l’occupant de la Maison-Blanche en favorisant les candidats de l’opposition.

« À quoi faut-il attribuer ce renouveau démocrate, si c’est bien de cela qu’il s’agit ?, demande l’analyste politique Bernard Goldberg dans les pages du quotidien politique spécialisé The Hill. À l’invalidation par la Cour suprême de l’arrêt Roe contre Wade en juin dernier [sur l’avortement], qui a stimulé l’enthousiasme de nombreuses électrices » vers le vote démocrate.

Le sondage, qui a concerné 1300 électeurs dûment enregistrés, entre le 17 et 25 août dernier, tend d’ailleurs à lui donner en partie raison, en révélant une croissance des intentions de vote démocrate effectivement chez les indépendants, les femmes et les jeunes, mais aussi au sein de la communauté afro-américaine et hispanique, dont le vote va traditionnellement aux démocrates.

Les femmes blanches de banlieue — un groupe particulièrement volatil capable de changer rapidement de camp politique — se disent désormais prêtes à 52 % à voter pour un candidat démocrate dans leur circonscription, contre 40 % pour un républicain.

Chez les électeurs indépendants, qui font d’ordinaire les victoires et les défaites électorales, le changement d’opinion est également très fort : 38 % disent vouloir voter pour les démocrates, contre 35 % pour les républicains. En mars dernier, le parti de Donald Trump était en avance de 12 points au sein de ce segment de l’électorat américain.

Jusqu’au début de l’été, « les républicains étaient en vitesse de croisière, et les démocrates avaient de la difficulté », analyse le sondeur républicain Tony Fabrizio, qui a mené le sondage pour le quotidien avec son collègue démocrate John Anzalone. « Et puis la question de l’avortement est apparue, agissant un peu comme un défibrillateur pour les démocrates », ajoute-t-il, cité par le Wall Street Journal.

Des dons en baisse

 

« L’ambiance a changé chez les républicains au cours des dernières semaines, passant d’un sentiment d’optimisme débridé à une réflexion sobre sur leurs chances de victoire », en vue des élections de mi-mandat, écrivait il y a quelques jours le très conservateur et très républicain Washington Examiner, tout en rappelant que le parti de Donald Trump fait face désormais à une pénurie de liquidité, signe d’une certaine désaffection des électeurs.

Au deuxième trimestre de 2022, les dons en ligne ont chuté en effet de 12 % pour l’ensemble des campagnes et comités politiques de sa formation politique, qui pourtant, depuis 2016 sous la houlette du populiste, a réussi à convaincre beaucoup d’électeurs de lui faire de petits dons pour nourrir entre autres ses attaques contre le système électoral américain.

Simultanément, les contributions aux caisses électorales démocrates, par ces mêmes petits dons en ligne, de moins de 100 $, ont grimpé de 21 % sur la même période.

Signe d’un vent défavorable pour les républicains : cette semaine, c’est une démocrate, Mary Peltola, qui a remporté l’élection spéciale en Alaska pour occuper le poste laissé vacant par le décès du républicain Don Young à la Chambre des représentants. Elle a ainsi coupé l’herbe sous le pied à Sarah Palin, qui espérait par ce scrutin faire un retour sur la scène politique fédérale américaine. Depuis 1972, aucun démocrate n’avait occupé ce siège.

À la mi-août, le leader républicain au sénat, Mitch McConnell, a admis devant des journalistes du Kentucky, que les chances pour son parti d’obtenir une majorité à la chambre haute en novembre prochain avaient désormais considérablement diminué. Le sénat est actuellement divisé en parts égales entre les deux formations politiques dominantes aux États-Unis. Donald Trump a soutenu des candidats atypiques appuyant ses allégations fallacieuses sur le vol des élections de 2020, dont plusieurs traînent de la patte dans les sondages dans plusieurs États.

Et comme si cela n’était pas assez, le site FiveThirtyEigh prédit désormais que les démocrates ont 68 % de chance de conserver le contrôle du Sénat en novembre prochain, contre 50 % il y a quelques semaines à peine. Une prédiction à prendre toutefois avec des pincettes, deux mois avant le jour du vote, puisque d’autres renversements de tendance restent encore possibles.

N’empêche, « pour tout ça, les démocrates devraient envoyer des fleurs à Donald Trump et un panier cadeau rempli de friandises, a commenté jeudi Bernard Goldberg. Jamais un président américain défait n’a mis les chances électorales de son parti dans un état aussi précaire ».

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