L’auteur Salman Rushdie sous respirateur après avoir été poignardé

L'écrivain a été transporté en hélicoptère vers l’hôpital le plus proche où il a été opéré en urgence, a indiqué son agent.
Photo: Associated Press L'écrivain a été transporté en hélicoptère vers l’hôpital le plus proche où il a été opéré en urgence, a indiqué son agent.

Salman Rushdie, auteur mondialement connu du livre Les Versets sataniques et cible depuis plus de 30 ans d’une fatwa de l’Iran, a été placé sous respirateur après avoir été poignardé au cou par un homme lors d’une conférence littéraire dans le nord-ouest de l’État de New York.

Son état de santé n’est pour l’instant « pas connu », a affirmé la police de l’État, mais la gouverneure Kathy Hochul a assuré que l’écrivain était « vivant ».

L’intellectuel de 75 ans a immédiatement été transporté en hélicoptère vers l’hôpital le plus proche, où il a été opéré en urgence, a expliqué son agent Andrew Wylie aux médias américains. « Les nouvelles ne sont pas bonnes », a-t-il indiqué en début de soirée. « Salman perdra probablement un oeil ; les nerfs de son bras ont été sectionnés ; et son foie a été endommagé. »

Vers 11 h, « un suspect s’est précipité sur la scène [de l’amphithéâtre] et a attaqué Salman Rushdie et un intervieweur », avait très rapidement annoncé vendredi la police de l’État de New York dans un communiqué.

Elle a immédiatement arrêté l’agresseur et l’a placé en détention sans rien dire de son identité et de son mobile.

M. Rushdie s’apprêtait à donner une conférence littéraire dans l’amphithéâtre du centre culturel de Chautauqua, une petite ville à 100 km de Buffalo, près du lac Érié, lorsqu’il a été attaqué. La personne qui devait donner la parole à l’écrivain a également été « blessée légèrement à la tête », selon la police.

« Tuer Salman Rushdie »

Carl LeVan, professeur de sciences politiques, était dans la salle, et a raconté au téléphone qu’un homme s’est précipité sur la scène où M. Rushdie était assis et « l’a poignardé violemment à plusieurs reprises ».

L’agresseur « essayait de tuer Salman Rushdie », a affirmé ce témoin.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent la scène, de même que M. Rushdie étant évacué sur une civière.

 

Salman Rushdie est né le 19 juin 1947 à Bombay, deux mois avant l’indépendance de l’Inde, dans une famille d’intellectuels musulmans non pratiquants, riche, progressiste et cultivée. Il avait embrasé une partie du monde musulman avec la publication des Versets sataniques, conduisant l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeini à émettre en 1989 une fatwa demandant son assassinat.

L’auteur avait été contraint dès lors de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cache en cache. Il doit affronter une immense solitude, accrue par la rupture avec sa femme, la romancière américaine Marianne Wiggins, à qui Les versets sont dédiés.

Vivant discrètement à New York, Salman Rushdie — sourcils arqués, paupières lourdes, crâne dégarni, lunettes et barbe — avait repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre dans ses livres, la satire et l’irrévérence.

Mais la fatwa n’a jamais été levée et beaucoup de traducteurs de son livre ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, victime de plusieurs coups de poignard en 1991.

« Trente ans ont passé », disait-il toutefois à l’automne 2018. « Maintenant tout va bien. J’avais 41 ans à l’époque [de la fatwa], j’en ai 71 maintenant. Nous vivons dans un monde où les sujets de préoccupation changent très vite. Il y a désormais beaucoup d’autres raisons d’avoir peur, d’autres gens à tuer… »

Anobli en 2007 par la reine d’Angleterre au grand dam des extrémistes musulmans, ce maître du réalisme magique, homme d’une immense culture qui se dit apolitique, a écrit en anglais une quinzaine de romans, récits pour la jeunesse, nouvelles et essais.

Le premier ministre britannique « atterré »

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a condamné l’attaque. Je suis « atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu’il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre » : la liberté d’expression, a-t-il écrit sur Twitter.

L’association de défense des écrivains PEN America s’est dit aussi « sous le choc et horrifiée » en révélant que vendredi matin M. Rushdie leur avait écrit pour proposer son « aide à des écrivains ukrainiens ».

De son côté, la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a salué « quelqu’un qui a passé des décennies à dire la vérité aux puissants […] qui s’est exposé sans crainte en dépit des menaces qui l’ont poursuivi toute sa vie d’adulte ».

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