Tempête politique après la perquisition du domicile de Trump

Une partisane de Trump criait sa colère mardi devant la résidence de Mar-a-Lago, en Floride, où a eu lieu la perquisition.
Photo: Giorgio Vera Agence France-Presse Une partisane de Trump criait sa colère mardi devant la résidence de Mar-a-Lago, en Floride, où a eu lieu la perquisition.

Une première étape vers un procès pour les uns, « une persécution politique » pour les autres : la perquisition spectaculaire du domicile de Donald Trump par le FBI jetait mardi une nouvelle lumière sur les profondes fractures de l’Amérique, à l’heure où l’ancien président flirte ostensiblement avec une nouvelle candidature. Jamais un ancien locataire de la Maison-Blanche n’avait été inquiété par la justice de cette façon.

La perquisition de la police fédérale a-t-elle à voir avec les nombreux cartons que Donald Trump a emportés en quittant la Maison-Blanche en janvier 2021 ? Est-elle liée à l’enquête sur sa responsabilité dans l’assaut du Capitole ? Concerne-t-elle plutôt les soupçons de fraude financière dont la Trump Organization fait l’objet à New York ? Contacté par l’AFP, le FBI n’a pas souhaité faire de commentaires.

Donald Trump, qui clame son innocence dans chacune de ces affaires et prétend faire l’objet d’une chasse aux sorcières, a vivement dénoncé la perquisition — à laquelle il n’a pas assisté — dans un communiqué.

« Notre nation vit des jours sombres », a-t-il déclaré, assurant que « cette perquisition non annoncée de [son] domicile n’était ni nécessaire ni appropriée ».

« Personne n’est au-dessus des lois […] pas même un ancien président », a rétorqué mardi sur NBC la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi — qui, comme la plupart des autres ténors de son camp, appelle depuis des années à ce que l’ex-magnat de l’immobilier rende des comptes.

Cette escalade judiciaire semble avoir dans le même temps cimenté l’emprise de Donald Trump sur le Parti républicain, qui a fait bloc autour de l’ancien homme d’affaires — au point de l’ériger en martyr.

« Guerre civile »

Dès l’annonce de la perquisition, des partisans de Donald Trump se sont rendus devant la luxueuse résidence de l’ancien homme d’affaires pour crier leur colère. Plusieurs d’entre eux agitaient des drapeaux sur lesquels était inscrite la phrase « Biden n’est pas mon président », énième rappel que, plus d’un an et demi après la défaite de Donald Trump à l’élection, des dizaines de millions d’Américains restent fermement convaincus que la présidentielle de 2020 lui a été « volée ».

Sur les réseaux sociaux, certains trumpistes appelaient purement et simplement mardi au « divorce », dans ce pays aux divisions si béantes qu’elles peuvent sembler irréconciliables.

« Voilà le genre de choses qui se produisent dans des pays en guerre civile », a lancé Marjorie Taylor Greene, élue de la Géorgie connue pour ses outrances, appelant même à un démantèlement du FBI. « La persécution politique DOIT CESSER !!! »

Son camp pourrait reprendre le contrôle du Congrès lors des élections législatives de novembre, qui s’annoncent périlleuses pour le camp de Joe Biden.

Tremplin pour 2024 ?

Dénonçant une « intolérable instrumentalisation au but politique » du ministère de la Justice, le chef des conservateurs à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, a promis une enquête sur son fonctionnement si les républicains revenaient au pouvoir.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Karine Jean-Pierre, a écarté catégoriquement mardi la possibilité que Joe Biden ait été informé à l’avance de la perquisition chez son ancien (et potentiel futur) rival à l’élection présidentielle.

« Le président Biden a été très clair, avant qu’il soit élu et depuis le début de son mandat, sur le fait que le ministère de la Justice conduit ses enquêtes de façon indépendante. Il croit en l’État de droit », a-t-elle déclaré.

Donald Trump, qui pourrait à tout moment se déclarer candidat à un nouveau mandat, a en tout cas sauté sur l’occasion pour lancer un nouvel appel à la générosité de ses partisans.

« Ce n’est pas juste ma maison qui a été attaquée — c’est pour le domicile de chacun des Américains patriotes que je me suis battu », a-t-il écrit dans un courriel à ses militants, leur suggérant un don de 5 $ à 5000 $ pour combattre une « chasse aux sorcières ».

L’ancien vice-président dénonce la perquisition du FBI

L’ex-bras droit de Donald Trump, Mike Pence, a dénoncé mardi la perquisition par le FBI du domicile de Donald Trump, à qui il pourrait être opposé en 2024 pour briguer l’investiture républicaine à la présidentielle. « Je partage la grande inquiétude de millions d’Américains après [cette] perquisition sans précédent », a écrit sur Twitter Mike Pence. Les conservateurs ont été unanimes à dénoncer une « persécution politique ». Mike Pence, dont la réaction a été plus tardive, a assuré mardi que « les actes d’hier sapaient la confiance du public dans notre système judiciaire ». « Après des années pendant lesquelles il a été constaté que des agents du FBI agissaient sur la base de motivations politiques pendant notre gouvernement, il faut remédier à l’impression de partialité que donne le ministère de la Justice. » Trump et Pence ont pris leurs distances depuis que ce dernier a refusé de s’opposer à la certification de la victoire de Joe Biden à l’élection de 2020.



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