​Droit à l’avortement: les États conservateurs vont-ils suivre le chemin du Kansas?

Des personnes pro-choix célébraient la victoire du droit à l’avortement mercredi dans une ville du Kansas.
Photo: Dave Kaup Agence France-Presse Des personnes pro-choix célébraient la victoire du droit à l’avortement mercredi dans une ville du Kansas.

L’invalidation de Roe v. Wade par la Cour suprême des États-Unis a été un coup dur pour les défenseurs du droit à l’avortement. Mais, depuis, un premier référendum sur la question a eu lieu, au Kansas. Et son résultat, important et sans équivoque, donne une bouffée d’espoir à ceux qui agissent pour préserver ce droit au pays.

« Le rejet retentissant de l’amendement constitutionnel est frappant parce que l’assemblée législative de l’État est très majoritairement anti-avortement, souligne Richard E. Levy, professeur de droit à l’Université du Kansas. Les deux tiers des législateurs de chaque chambre ont approuvé l’amendement, mais 60 % des électeurs l’ont rejeté. »

« Value Them Both »

L’amendement « Value Them Both » a été inscrit sur le bulletin de vote de la primaire du 2 août après avoir été adopté par l’assemblée législative de l’État en 2021, dominée par les républicains. Il visait à supprimer le droit à l’avortement inscrit dans la Constitution du Kansas, et un vote favorable aurait ouvert la voie à une interdiction ou à une réglementation plus stricte.

Actuellement, l’avortement est légal au Kansas jusqu’à 22 semaines de grossesse, et l’autorisation parentale est requise pour les mineures.

Le Kansas est un État qui penche du côté rouge et qui est réputé très conservateur. Le résultat a donc son importance, surtout compte tenu du taux de participation très élevé, de 50 % selon les chiffres préliminaires, signe que la question mobilise la population et qu’il pourrait y avoir une fissure entre elle et les élus. Le taux de participation est généralement anémique lors des votes aux élections primaires.

Le rejet retentissant de l’amendement constitutionnel est frappant parce que l’assemblée législative de l’État est très majoritairement anti-avortement

 

« Avec ces résultats, on voit se transposer la tendance qu’on voyait dans les sondages à l’échelle nationale. Environ 60 % des électeurs sont pour le maintien du droit à l’avortement aux États-Unis », indique de son côté Andréanne Bissonnette, chercheuse en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

« Ce n’est pas une division aussi marquée que ce qu’on voit à Washington ou dans les assemblées d’États entre les républicains et les démocrates », ajoute-t-elle, notant qu’il s’agit d’un dossier beaucoup plus nuancé au sein de la population que chez les politiciens. « On voit que même du côté des électeurs républicains, il y a une opposition à un retrait complet du droit à l’avortement », souligne-t-elle.

Une incidence sur d’autres États

Le résultat du référendum au Kansas envoie un mauvais signal aux républicains des autres États américains : il vient soutenir la thèse voulant que la question de l’avortement leur soit potentiellement défavorable lors des prochaines élections de mi-mandat, et les démocrates enfoncent actuellement le clou.

« Les électeurs du Kansas ont envoyé un message fort : cet automne, les Américains voteront pour préserver ce droit », a notamment souligné le président Joe Biden lors d’une intervention à la Maison-Blanche, mercredi.

Il a qualifié d’« extrémistes » les élus républicains qui essaient « d’interdire tous les avortements dans tous les États ». « Ils n’ont aucune idée du pouvoir des Américaines, mais la nuit dernière, au Kansas, ils ont pu en prendre la mesure », a-t-il poursuivi, avant de signer son deuxième décret en un mois, destiné à réduire le plus possible les effets de la volte-face de la Cour suprême.

Le Kentucky et le Montana seront particulièrement à surveiller cet automne. Dans ces deux États, les électeurs seront appelés à se prononcer sur des mesures allant à l’encontre du droit à l’avortement.

Le résultat au Kansas pourrait donc être une indication du côté vers lequel les électeurs de ces deux États pourraient pencher.

 

Le scrutin au Kansas pourrait aussi inspirer les élus démocrates ailleurs au pays. « Est-ce que dans d’autres États, les élus démocrates adopteront la stratégie de proposer des amendements ou des lois par voie référendaire pour protéger le droit à l’avortement ? » demande Andréanne Bissonnette. Il y aura notamment des référendums en ce sens cette année en Californie et au Vermont.

Elle précise que le résultat du référendum au Kansas pourrait aussi avoir une incidence sur les débats des autres assemblées qui souhaitent interdire l’avortement.

Les femmes ou les médecins ?

 

À cela s’ajoute le fait que le Kansas est entouré d’États qui ont déjà restreint le droit à l’avortement ou qui pourraient le faire. « Les femmes des États voisins qui interdisent l’avortement pourraient venir au Kansas, souligne Richard E. Levy. La question serait alors de savoir si ces États peuvent punir les femmes qui se font avorter dans l’État, ou punir les médecins du Kansas qui pratiquent des avortements pour les femmes de ces États. »

Un autre élément à surveiller sera si les habitants de ces États pourraient être trouvés coupables de complicité s’ils aident une femme qui veut se rendre au Kansas pour obtenir un avortement.

Avec l’Agence France-Presse

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