Protéger les données intimes des femmes

L’annonce a été faite par la présidente démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi.
Photo: Chip Somodevilla Getty Images via AFP L’annonce a été faite par la présidente démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi.

Les démocrates veulent que les données récoltées par les applications de suivi de cycles menstruels, au coeur d’importantes critiques quant à leur confidentialité, soient protégées par la loi.

L’annonce a été faite par la présidente démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi. D’autres mesures ont été avancées pour « protéger la santé et la sécurité des femmes américaines », telles qu’assurer le droit constitutionnel de voyager librement à travers les États-Unis et codifier Roe v. Wade au niveau fédéral.

Des invitations à désinstaller les applications de suivi de cycles menstruels ont envahi les réseaux sociaux dès l’annonce de l’invalidation de Roe v. Wade vendredi. Nombreuses sont celles qui craignent que les données, qui peuvent notamment comporter les périodes d’ovulation ainsi que les dates de début et de fin de grossesse des utilisatrices, soient vendues au gouvernement.

L’enjeu est d’autant plus important dans des États comme la Louisiane, où l’avortement est en voie d’être considéré comme un homicide.

« Le danger est important », note Sébastien Gambs, professeur au Département d’informatique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Ces applis-là sont souvent des applis gratuites. Donc, les compagnies vont proposer gratuitement l’application aux personnes, mais aussi valoriser et revendre les données par la suite, sans forcément être très claires sur leur modèle d’affaires », ajoute-t-il.

Aucune sécurité garantie

 

L’application allemande Clue, qui sert mensuellement, selon son site Internet, à 12 millions d’utilisatrices, a rapidement souhaité rassurer sa « communauté américaine ». Clue est soumise aux lois européennes, « qui ont des garanties extrêmement fortes », confirme M. Gambs.

Mais, comme la plupart des applications mobiles, les programmes de suivi de cycles menstruels présentent d’autres failles de sécurité, telles que la géolocalisation, le non-chiffrage des données, ou encore la programmation avec des codes trouvés dans des librairies, par manque de moyens.

Ainsi, même si la loi proposée par Nancy Pelosi était adoptée, M. Gambs estime qu’il ne serait « pas évident de garantir une sécurité complète ».

En 2017, une firme publicitaire du Massachusetts avait, en géolocalisant des téléphones proches d’une clinique d’avortement, envoyé 2,4 millions de messages visant à dissuader de procéder à l’acte médical.

Alors, dans un État où l’avortement est désormais illégal, « c’est pas de la pub que ces jeunes Américaines vont recevoir, c’est des poursuites judiciaires », déplore le professeur. « Ce que je conseillerais quasiment à une femme qui veut aller dans une clinique d’avortement dans un autre État, c’est de laisser son téléphone chez elle. »

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