Le combat continue pour les pro-choix, «journée mémorable» pour les anti-choix

L’accompagnatrice Kim Gibson se tient devant la clinique Jackson Women's Health Organization à Jackson au Mississippi. Elle informait  vendredi les femmes se présentant à la clinique que cette dernière était encore ouverte, pour l’instant. Cette clinique est la seule pratiquant des avortements dans cet État.
Rogelio V. Solis The Associated Press L’accompagnatrice Kim Gibson se tient devant la clinique Jackson Women's Health Organization à Jackson au Mississippi. Elle informait vendredi les femmes se présentant à la clinique que cette dernière était encore ouverte, pour l’instant. Cette clinique est la seule pratiquant des avortements dans cet État.

La droite conservatrice américaine a chaleureusement salué vendredi l’arrêt de la Cour suprême qui « jette aux oubliettes de l’histoire » le droit à l’avortement, tandis que la gauche et plusieurs organisations ont au contraire promis de continuer à se « battre » pour le défendre.

Lors d’une allocution télévisée, le président Joe Biden a déploré un « triste jour » pour les États-Unis, qualifiant la décision d’« erreur tragique », résultat d’une « idéologie extrémiste ».

Selon le démocrate, « la santé et la vie des femmes sont maintenant en danger ».

L’ancien président Donald Trump a lui affirmé sur Fox News que la décision représentait « la volonté de Dieu ».

Son ancien vice-président Mike Pence a également salué sur Twitter la réparation d’une « erreur historique ». Ce fervent chrétien évangélique s’est félicité que le célèbre arrêt qui garantissait le droit à l’avortement depuis près de 50 ans a été « jeté aux oubliettes de l’Histoire ».

La Pro-Life Campaign a aussi évoqué « une journée mémorable pour les droits humains ».

Volte-face

 

Dans une volte-face historique, la très conservatrice Cour suprême des États-Unis a enterré vendredi un arrêt qui, depuis près d’un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter.

Cette décision ne rend pas les interruptions volontaires de grossesse illégales, mais renvoie les États-Unis à la situation en vigueur avant l’arrêt emblématique « Roe v. Wade » de 1973, quand chaque État était libre de les autoriser ou non.

Et plusieurs États ont déjà annoncé prendre des mesures pour interdire les interruptions volontaires de grossesse sur leur territoire.

« C’est un jour monumental pour le caractère sacré de la vie », a déclaré le procureur général du Missouri, Eric Schmitt, dans un tweet accompagné d’une image le montrant en train de ratifier un texte qui met fin « véritablement » à l’avortement dans cet État conservateur du centre.

La gouverneure républicaine du Dakota du Sud, Kristi Noem, a, elle, annoncé que l’avortement était désormais illégal dans cet État du nord des États-Unis, en vertu d’une loi dite « zombie » ou « gâchette » qui avait été rédigée à l’avance, pour entrer en vigueur automatiquement en cas de changement de jurisprudence à la Cour suprême.

« Au bon vouloir »

Les camps de pro-choix et des anti-choix se sont immédiatement mobilisés, à l’image des fractures souvent irréconciliables qui traversent les États-Unis.

« Aujourd’hui, la Cour suprême a non seulement renversé près de 50 ans de précédent historique, elle laisse également au bon vouloir des politiciens et idéologues la décision la plus personnelle qui soit », a déclaré l’ancien président démocrate Barack Obama sur Twitter.

La principale organisation américaine de planification familiale a promis de son côté de continuer à « se battre » pour rétablir ce droit, et de le préserver autant que possible au niveau local.

Les trois États progressistes de la côte ouest des États-Unis ont également annoncé qu’ils s’engageaient ensemble à défendre le droit à l’avortement. « Les gouverneurs de Californie, de l’Oregon et de Washington ont publié aujourd’hui un engagement pour défendre l’accès aux soins de santé reproductive, y compris l’avortement et les contraceptifs », déclarent-ils dans un communiqué.

« Retour en arrière »

Le Canada et le Royaume-Uni, deux des alliés les plus proches des États-Unis, ont déploré la décision de la Cour suprême.

 

« Les nouvelles en provenance des États-Unis sont horribles. Je suis de tout coeur avec les millions d’Américaines qui vont perdre leur droit légal à l’avortement », a tweeté le premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a lui déploré un « grand retour en arrière ».

Estimant que « l’avortement est un droit fondamental pour toutes les femmes », le président français Emmanuel Macron a exprimé sa « solidarité avec les femmes dont les libertés sont aujourd’hui remises en cause par la Cour suprême des États-Unis d’Amérique ».

La Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a critiqué « un coup dur porté aux droits humains des femmes et à l’égalité des genres », rappelant que « plus de 50 pays ayant des lois restrictives ont assoupli leur législation sur l’avortement ces 25 dernières années. »

Lors de son allocution, Joe Biden a notamment déploré que les États-Unis faisaient figure « d’exception » dans le monde.

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