Un procureur général complaisant pour légitimer les mensonges de Trump

L’ex-président américain, Donald Trump a également porté une atteinte sans précédent à l’indépendance de la justice des États-Unis en cherchant dans la foulée de sa défaite à faire plier le bureau du procureur général pour qu’il légitime son « grand mensonge » sur le vol des élections.
Photo: Roberto Schmidt Agence France-Presse L’ex-président américain, Donald Trump a également porté une atteinte sans précédent à l’indépendance de la justice des États-Unis en cherchant dans la foulée de sa défaite à faire plier le bureau du procureur général pour qu’il légitime son « grand mensonge » sur le vol des élections.

Il n’a pas seulement entretenu l’illusion d’une fraude électorale massive, avant, pendant et après la présidentielle de 2020. À dessein.

Il n’a pas uniquement envoyé ses partisans sur le Capitole, le 6 janvier 2021, pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden par le Congrès et collecté frauduleusement de l’argent pour une cause et un fonds qui n’existait pas.

L’ex-président américain, Donald Trump a également porté une atteinte sans précédent à l’indépendance de la justice des États-Unis en cherchant dans la foulée de sa défaite à faire plier le bureau du procureur général pour qu’il légitime son « grand mensonge » sur le vol des élections et qu’il participe à sa tentative de faire annuler les résultats du scrutin présidentiel de novembre 2020.

C’est ce qu’a établi jeudi, la commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’attaque du Capitole, au cinquième jour de ses audiences publiques, tenues à Washington.

Le stratagème mis à jour par cette commission d’enquête s’est approché d’ailleurs d’un point critique, trois jours avant l’insurrection, en tentant de remplacer le procureur général par intérim, Jeffrey Rosen, par un simple fonctionnaire du bureau, Jeffrey Clark, plus complaisant avec la réalité alternative de Donald Trump.

L’avocat était prêt à défendre les fausses allégations de fraudes pour faire annuler les élections, et ce, même si le département américain de la Justice, dès décembre 2020, avait la certitude que les accusations de corruption du scrutin présidentiel, promues par Donald Trump, n’étaient pas fondées. La menace de démissions massives au bureau du procureur général aura en partie permis d’éviter la concrétisation de ce scénario.

« Qui est Jeff Clark, a demandé l’élu de l’Illinois Adam Kinzinger, rare républicain à siéger à cette commission ? Un avocat spécialiste de l’environnement, sans expérience pertinente pour diriger l’ensemble du département de la Justice. Quelle était alors sa qualification ? Il allait faire tout ce que le président voulait qu’il fasse, y compris faire annuler des élections démocratiques libres et justes ».

Hasard des calendriers, le FBI a effectué mercredi une perquisition dans la résidence de M. Clark, en Virginie, dans le cadre de l’enquête tentaculaire du département de la Justice sur les conspirations entourant la tentative de renverser le résultat du vote de novembre 2020 pour maintenir illégalement Donald Trump en poste à la Maison-Blanche.

Une lettre gênante

 

Tout en espérant devenir le nouveau procureur général, M. Clark envisageait d’envoyer une lettre aux responsables de l’État de la Géorgie affirmant à tort que le bureau du procureur détenait des preuves de fraude et appelant à annuler la certification de la victoire de Joe Biden, dans cet État qui a basculé dans le camp démocrate lors de la présidentielle.

La lettre, dont la commission a obtenu un brouillon, devait également être adressée à d’autres États clés. Elle a été qualifiée de « pacte de suicide » par l’avocat de la Maison-Blanche, Pat Cipollone, lors d’un échange avec l’ex-président, relaté jeudi par l’ancien procureur général adjoint par intérim Richard Donoghue. « Cela va entacher tous ceux qui vont la toucher. Et nous devrions nous tenir loin de cette lettre, que je ne veux plus jamais revoir », a-t-il dit.

Pendant près de deux heures, la commission d’enquête a multiplié les témoignages démontrant la manière dont Donald Trump a tenté « d’utiliser le département de la Justice pour faire avancer son programme politique personnel », a indiqué le président du comité parlementaire. Elle a également mis en lumière la résistance des procureurs afin de préserver une indépendance nécessaire face à un pouvoir exécutif se faisant soudainement délirant et autoritaire.

À la barre, Richard Donoghue a répété avoir informé d’ailleurs l’ex-président que le département de la Justice ne pouvait en aucun cas interférer avec les élections organisées par les États. « Ce n’est pas ce que je vous demande de faire », lui a alors dit Trump. « Dites simplement que [le scrutin était] corrompu et laissez le reste à moi et aux membres républicains du Congrès », a-t-il ajouté, selon le témoignage de l’ex-procureur adjoint devant la commission.

« Certains ont fait valoir à l’ancien président et au public que l’élection était frauduleuse et volée », a indiqué pour sa part Jeffrey Rosen, procureur général par intérim durant les dernières semaines du mandat de Trump. « Ce point de vue était faux à l’époque et il est faux aujourd’hui, et j’espère que notre présence ici aujourd’hui contribuera à réaffirmer ce fait ».

La commission d’enquête a bouclé jeudi une première série d’audiences publiques, amorcée le 10 juin dernier. Deux autres séances sont prévues dans le courant du mois de juillet, ont indiqué les responsables de ce comité qui espèrent maintenir ainsi l’intérêt du public sur la conspiration républicaine visant à renverser les élections et sur les manigances de l’ex-président afin de se maintenir illégalement au pouvoir après sa défaite.

Les révélations portées au grand jour par cette commission d’enquête, aussi troublantes puissent-elles être, semblent toutefois percoler difficilement au sein de l’électorat républicain.

Les vainqueurs de plus de 100 primaires républicaines, en vue des élections de mi-mandat, continuent d’affirmer que le parti et l’ex-président ont été victimes d’un scrutin frauduleux, et ce, en contradiction avec les faits, selon une analyse du Washington Post.

Sur plus de 170 courses à travers le pays, 149 de ces candidats choisis par les électeurs font même campagne pour resserrer l’accès aux urnes et le contrôle du scrutin, malgré l’absence de preuves qu’une fraude généralisée s’est produite en 2020.

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