«Donald Trump n’a aucune défense en Géorgie», estime un ex-procureur

Un partisan de Donald Trump devant le Capitole, à Washington. Actuellement, rien n’indique que le département américain de la Justice ait lancé une enquête officielle en vue de porter des accusations contre l’ex-président américain.
Photo: Alex Edelman Agence France-Presse Un partisan de Donald Trump devant le Capitole, à Washington. Actuellement, rien n’indique que le département américain de la Justice ait lancé une enquête officielle en vue de porter des accusations contre l’ex-président américain.

Concordance des temps. Alors que le scandale du Watergate — qui a fait chuter Richard Nixon — célèbre actuellement ses 50 ans, un des procureurs qui a travaillé sur ce spectaculaire dossier judiciaire ciblant un président américain estime qu’un autre président des États-Unis devrait désormais être poursuivi et jeté en prison : Donald Trump.

Selon Nick Akerman — c’est son nom —, la commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’attaque du Capitole a porté au grand jour, depuis plus de deux semaines d’audiences publiques, « assez » de preuves pour que le populiste soit poursuivi devant les tribunaux, particulièrement par rapport à sa tentative de s’approprier le vote démocrate de la Géorgie pour se maintenir illégalement au pouvoir.

« Si je devais parier sur une cause qui pourrait conduire Donald Trump en prison, ce serait celle-là », a dit l’ex-avocat, membre de la Watergate Special Prosecution Force dans les années 1970, il y a quelques jours, sur les ondes de MSNBC.

Mardi, au quatrième jour de ses audiences publiques, la commission d’enquête sur l’insurrection du 6 janvier 2021 et sur la conspiration qui a attisé cette attaque sans précédent contre la démocratie américaine a d’ailleurs rappelé l’existence de l’appel téléphonique compromettant à la base de toute cette affaire.

Donald Trump cherchait alors à convaincre Brad Raffensperger, secrétaire d’État de la Géorgie, de « trouver » 11 780 votes en faveur du populiste pour « renverser » le dépouillement des urnes confirmant pourtant depuis plusieurs semaines la victoire de Joe Biden. Une incitation flagrante à commettre une fraude électorale, formulée par un président en fonction, mais à laquelle l’élu local n’a jamais cédé. Malgré une pression sans relâche venant de l’ex-président et de son entourage.

« Les chiffres sont les chiffres, et nous ne pouvions pas recompter [les bulletins] parce que nous nous étions assurés d’avoir vérifié chaque allégation » de fraudes formulée sans preuve par le camp républicain, a dit Raffensperger devant la commission. « Il n’y avait aucun bulletin à trouver, le compte était exact, et il a été certifié. »

« Trump a commis un crime passible de trois ans de prison en Géorgie », a exposé Nick Akerman, en rappelant que « les procureurs adorent les preuves enregistrées sur bande magnétique, car vous ne pouvez pas les contre-interroger ». À l’époque du Watergate, les républicains ont cessé de soutenir Nixon après la découverte d’enregistrements audio, les célèbres « White House tapes », rendant difficile la dissimulation du crime.

« Donald Trump n’a aucune défense en Géorgie », a ajouté l’ex-procureur.

De plus en plus coupable

 

À la veille d’une cinquième audience publique, qui va se tenir jeudi à Washington, de plus en plus d’Américains estiment, tout comme l’ex-procureur du Watergate, que Donald Trump devrait être tenu pour criminellement responsable de l’attaque contre le Capitole du 6 janvier 2021 et inculpé au pénal pour sa « tentative de coup d’État ». Ce sont 58 % des personnes interrogées les 17 et 18 juin par Ipsos pour le compte du réseau ABC qui viennent en effet de le dire. Il s’agit d’un bond de six points par rapport à mai dernier.

Et ce tir nourri contre le populiste dispose désormais d’un grand nombre de munitions placées par la Commission d’enquête dans les chargeurs.

« Les informations révélées lors de l’audience du Congrès sur l’émeute du 6 janvier 2021 pourraient servir de base à une enquête criminelle du ministère américain de la Justice contre l’ancien président Donald Trump », peut-on lire dans les pages de la revue de l’American Bar Association, qui dresse au passage une liste des possibles et nombreux crimes commis par le populiste pour se maintenir en poste contre la volonté de l’électorat américain.

Parmi eux, l’obstruction à une procédure officielle pour empêcher la certification du vote le 6 janvier 2021 par les sénateurs américains. La commission a d’ailleurs exposé au cours des derniers jours la manière dont Donald Trump et son entourage ont tenté de faire pression sur l’ex-vice-président Mike Pence pour bloquer la démarche législative qu’il devait pourtant présider.

En mettant également en lumière le fait que l’ex-président savait, ou ne pouvait pas ignorer, qu’il avait perdu les élections, mais qu’il a malgré tout continué à mobiliser ses troupes pour invalider les résultats du vote, cette commission a renforcé avec plusieurs témoignages de possibles accusations de « complot visant à frauder les États-Unis » et de complot séditieux.

Rappelons que le plan élaboré par l’avocat-conseil de Donald Trump, John Eastman, et dont la Commission d’enquête a fait l’autopsie la semaine dernière, a été qualifié en mars dernier par un juge de la Californie d’« évidemment frauduleux ». Le juge David Carter avait également ajouté qu’il était plus « probable qu’improbable » que Trump et Eastman aient ainsi « malhonnêtement conspiré » pour faire obstacle à la certification du vote.

Dimanche dernier, un des rares républicains siégeant à la commission d’enquête, Adam Kinzinger, représentant de l’Illinois, a dit croire lui aussi en une implication criminelle de l’ex-président dans l’attaque du Capitole, qui, selon lui, représente bel et bien « un complot séditieux », a-t-il dit sur les ondes d’ABC. « Le président savait ce qu’il faisait […]. Ce que nous présentons devant le peuple américain » fait grimper le niveau de culpabilité de Donald Trump, a-t-il dit en substance.

« Une grosse arnaque »

Tout aussi accablant : en lançant des appels aux dons, après le scrutin, et ce, en évoquant un fonds de défense du processus électoral qui n’a jamais existé — c’est ce qu’a établi la commission —, l’équipe de Donald Trump et l’ex-président, qui a récolté par cette voie plus de 250 millions de dollars, pourraient désormais faire face à des accusations de « fraude électronique » et de tromperie.

Le « grand mensonge » a aussi été « une grosse arnaque », a résumé la démocrate Zoe Lofgren, représentante de la Californie et membre de cette commission d’enquête, au deuxième jour des audiences publiques. « Le don moyen était inférieur à 20 $ », a-t-elle souligné. « C’étaient des donateurs qui n’étaient pas riches, mais ils ont répondu [aux] appels [de Donald Trump], qui étaient frauduleux. Et je ne pense pas que ce soit honnête ».

Actuellement, rien n’indique que le département américain de la Justice ait lancé une enquête officielle en vue de porter des accusations contre l’ex-président américain. Tout au plus, au début des travaux publics de la Commission, le procureur général des États-Unis, Merrick Garland, a indiqué que lui et son équipe allaient suivre l’ensemble des audiences publiques. Sans plus de détails.

La pression est toutefois forte sur M. Garland, alors que les travaux de la commission exposent désormais des vérités crues et troublantes sur les intentions et les stratagèmes développés par Donald Trump pour se maintenir en poste et éviter ainsi un transfert pacifique du pouvoir, au lendemain de sa défaite.

Et dans les circonstances, l’absence de poursuites pourrait devenir choquante pour les Américains. À juste titre, indique Jack Goldsmith, ex-procureur au ministère de la Justice sous George W. Bush. « Ne pas inculper M. Trump dans ce contexte impliquerait qu’un président — qui ne peut être inculpé pendant son mandat — se retrouve littéralement au-dessus de la loi, a-t-il écrit récemment dans les pages du New York Times. Cela pourrait encourager le sentiment d’impunité chez les futurs présidents américains, y compris chez Donald Trump s’il devait être réélu à la prochaine élection. »

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