Le «grand mensonge» de Trump sur les élections de 2020 passé au crible

Lundi, au cours de la deuxième journée de la commission d’enquête, les membres du comité ont entendu plusieurs témoins et ont exposé une poignée de témoignages enregistrés durant les 11 mois de travaux à huis clos pour faire la démonstration que Trump savait qu’il avait perdu les élections en 2020.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Lundi, au cours de la deuxième journée de la commission d’enquête, les membres du comité ont entendu plusieurs témoins et ont exposé une poignée de témoignages enregistrés durant les 11 mois de travaux à huis clos pour faire la démonstration que Trump savait qu’il avait perdu les élections en 2020.

Même après avoir été informé à répétition par son entourage, par les membres de sa famille, par plusieurs de ses conseillers juridiques et par des membres de son équipe de campagne que la théorie de la fraude électorale ne supportait pas la réalité des faits, Donald Trump a continué à prétendre l’existence d’une élection volée par les démocrates dans le seul but de mobiliser ses troupes et de tenter de renverser le gouvernement, légalement élu, de Joe Biden.

Ce « grand mensonge » est aussi devenu un levier pour le populiste afin qu’il tire des millions de dollars des poches de ses fidèles pour soi-disant contrer ce « vol » devant les tribunaux. Y compris en alimentant un « fonds officiel de défense des élections » qui… n’a jamais existé, a-t-on appris lundi matin, au deuxième jour des audiences publiques de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’insurrection du Capitole, survenue le 6 janvier 2021.

Le « grand mensonge » était aussi « une grosse arnaque », a résumé la démocrate Zoe Lofgren, représentante de la Californie et membre de cette commission d’enquête, en évoquant une campagne visant « à tromper des millions d’Américains avec des allégations sciemment fausses de fraude électorale ». L’équipe de Donald Trump a reçu 250 millions de dollars en dons, parmi lesquels 100 millions dans la semaine suivant le résultat du vote.

Pendant près de deux heures, le groupe d’élus a fait défiler devant lui plusieurs témoins et exposé une poignée de témoignages enregistrés durant les 11 mois de ses travaux à huis clos pour faire la démonstration que Donald Trump savait qu’aucune fraude électorale massive n’avait teinté le scrutin présidentiel de 2020 et savait qu’il avait perdu les élections, mais avait persisté à prétendre le contraire dans le seul but de se maintenir au pouvoir.

L’attaque du Capitole aura été le point culminant de cette « tentative de coup d’État », selon les mots de la commission, « un plan » à plusieurs chapitres, planifiés pendant des mois en amont par l’ex-président déchu.

« Toutes les allégations [du populiste] étaient complètement fausses, folles et reposaient généralement sur de la désinformation », a expliqué l’ex-procureur général des États-Unis Bill Barr, rencontré par les enquêteurs de la commission. Son témoignage a été présenté lundi. « J’étais démoralisé parce que je me disais que si [Donald Trump] croyait vraiment à ces histoires, c’était qu’il avait perdu le contact avec la réalité. »

Insistants, et pourtant

 

Le gendre et conseiller de Donald Trump, Jared Kushner, a indiqué à la commission qu’il désapprouvait d’ailleurs le plan élaboré par Rudy Giuliani qui appelait la remise en question des résultats officiels de l’élection, et qu’il en avait fait part à l’ex-président sans que cela ait eu une grande influence.

L’ex-sous-procureur général par intérim Richard Donoghue est également venu raconter avoir présenté à plusieurs reprises à M. Trump les résultats d’enquêtes prouvant que le scrutin présidentiel s’était déroulé en toute légalité et que les atteintes au scrutin qu’il dénonçait sur la place publique — comme le vote de morts, les valises de bulletins entrant à plein régime dans les bureaux de décompte des voix, la manipulation des machines à voter, etc. — ne tenaient pas la route.

250 millions
C’est le montant que l’équipe de Donald Trump a reçu en dons de la part de ses fidèles pour soi-disant contrer ce «vol» devant les tribunaux.

« Nous avons fait des dizaines d’enquêtes, mené des centaines d’entretiens, et la majorité des allégations ne supportaient pas la réalité des faits récoltés », a-t-il indiqué. « La plupart des informations [sur la fraude] qu’il recevait étaient fausses. »

Le rejet des contestations des résultats induites par Donald Trump et son entourage a d’ailleurs « été écrasant », a dit Mme Lofgren en rappelant que « 22 juges fédéraux nommés par les présidents républicains, dont 10 nommés par le président Trump lui-même et au moins 24 juges d’État républicains élus ou nommés, ont rejeté les demandes du président ».

Durant cette période, 11 avocats, dont Rudy Giuliani, ont fait face à des procédures disciplinaires en raison de « mauvaise foi et efforts sans fondement » pour saper l’élection et se sont fait retirer, pour plusieurs, le droit de pratiquer.

Par voie de communiqué lundi soir, Donald Trump a dénoncé la « parodie de justice » que constituent les travaux de la commission parlementaire. Il réitère en outre, dans sa missive de 12 pages, ses fausses allégations de fraude concernant l'élection. « Cette comédie [...] est une tentative éhontée de détourner l'attention du public de la vérité [...] qui est que les Américains sont massivement venus à Washington le 6 janvier 2021 pour tenir leurs élus pour responsables des signes évidents d'activité criminelle lors de l'élection », écrit l'ancien président en dépit des innombrables preuves du contraire.

Une première inculpation de président ?

Dimanche, plusieurs membres de la commission ont indiqué que leurs travaux avaient permis de récolter suffisamment de preuves pour permettre au procureur général des États-Unis, Merrick Garland, d’inculper l’ancien président Donald Trump, et ce, pour avoir cherché à faire annuler les résultats des élections de 2020. Cette décision est dans les mains du département de la Justice. Elle marquerait toutefois une première aux États-Unis.

« Je pense [que M. Garland] sait, son personnel sait, les avocats américains savent ce qui est en jeu ici, a indiqué le membre de la commission démocrate Jamie Raskin sur les ondes de CNN. Ils en connaissent l’importance et prêtent à juste titre attention au précédent dans l’histoire [que cela pourrait créer], ainsi qu’aux faits liés à cette affaire. »

Aucun président ou ex-président n’a jamais été inculpé aux États-Unis. Richard Nixon a démissionné en 1974 alors qu’il faisait face à une mise en accusation pour corruption, complot et entrave à la justice. Son successeur, le président Gerald Ford, a par la suite gracié le républicain avant que toute accusation criminelle liée au Watergate ne puisse être déposée contre lui.

Jeudi dernier, près de 20 millions d’Américains ont suivi les premières audiences publiques de cette commission d’enquête sur le 6 janvier, selon Nielsen. En ouverture de cet événement médiatico-politique, Donald Trump a été directement placé au centre d’une conspiration visant à renverser le gouvernement du pays pour qu’il se maintienne illégalement au pouvoir.

Ces 20 millions représentent toutefois un chiffre peu élevé, à peine 8,3 % des électeurs inscrits sur les listes électorales aux États-Unis, ou 12,6 % des Américains étant allés aux urnes en 2020. En mars dernier, le discours de Joe Biden sur l’État de l’Union avait attiré, lui, 38 millions de téléspectateurs.

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